Entré en politique il y a 40 ans, Jacques Chirac a été nommé pour la première fois premier ministre en 1974, poste qu'il a occupé à nouveau en 1986. Quittant le pouvoir à 74 ans, il aura exercé les fonctions de président de la République pendant 12 ans.
Une telle longévité n'est pas une première en France: en 1995, François Mitterrand avait 79 ans quand il a quitté l'Elysée, après deux septennats. Un record. Au total, la France n'aura donc connu que deux présidents en 26 ans, un cas unique en Europe.
Depuis dix ans, Jacques Chirac a usé la plupart des dirigeants européens, voyant passer deux premier ministres britanniques, John Major et Tony Blair, trois chanceliers allemands, Helmut Kohl, Gerhard Schröder et Angela Merkel, et deux présidents américains, Bill Clinton et George W. Bush, alors que le pouvoir changeait de mains en Russie et même en Chine.
Rares sont, en Europe, ceux qui, comme lui, ont occupé les plus hautes fonctions sans discontinuer depuis 1995: seul le premier ministre du Luxembourg Jean-Claude Juncker était, comme Jacques Chirac, déjà au pouvoir il y a 12 ans.
Il faut en fait aller chercher hors du continent européen pour trouver des longévités supérieures: le leader nord-coréen Kim Jong Il est notamment au pouvoir depuis 1994, le président égyptien Hosni Moubarak depuis 1981, sans oublier le Guide libyen Moammar Kadhafi présent depuis 1969.
Le pouvoir des présidents des anciennes républiques soviétiques est également remarquablement stable: Alexandre Loukachenko, de la Biélorussie, a brigué son troisième mandat en 2006, Emomali Rakhmonov, du Tadjikistan, est au pouvoir depuis 1994 et Islam Karimov, de l'Ouzbékistan, depuis 1991.
Vainqueur toutes catégories, Fidel Castro dirige quant à lui Cuba depuis 1959.
Si Jacques Chirac pouvait ainsi se prévaloir d'un image de "sage" sur la scène internationale, l'âge s'est peu à peu transformé en handicap électoral sur la scène politique française.
En 2002 déjà, le Premier ministre Lionel Jospin l'avait attaqué sur ce terrain, le jugeant "usé, vieilli, fatigué". Une stratégie qui ne lui a guère réussi: il a été éliminé au premier tour de la présidentielle.
A son tour, Nicolas Sarkozy a joué ostensiblement la carte de la jeunesse pour mieux pousser Jacques Chirac dehors, en suggérant de limiter à deux le nombre de mandats présidentiels.
Longtemps, la garde rapprochée s'est donc échinée à dissimuler l'âge du capitaine: bronzage permanent, lunettes bannies et chape de silence sur ses problèmes d'audition. La question était en fait un petit secret d'Etat et Roselyne Bachelot l'a appris à ses dépens quand elle s'est laissée aller en novembre 2003 à confier qu'il était appareillé.
Quant à sa vue, elle n'était pas parfaite puisqu'il portait, comme des millions des Français, des lunettes dans les années 70-80, qui avaient ensuite mystérieusement disparu, alors que son entourage assurait que, non, il ne portait pas de lentilles.
Un "petit accident vasculaire" est venu mettre à bas tous ces efforts. Le 2 septembre 2005, celui qui n'avait eu de sa vie aucun ennui de santé connu - hormis un long séjour à l'hôpital après un grave accident de voiture en 1978 - était hospitalisé pour une semaine au Val de Grâce.
Par la suite, Jacques Chirac a dû rechausser ses lunettes. De toute façon, le mal était fait: le regard des Français avait changé, alors que les gagnait un phénomène de lassitude et une envie de changement.