Le témoignage de M. Charest n'a pas permis de lever le voile sur les circonstances de ce congédiement. Bien au contraire, le mystère a continué de s'épaissir au deuxième jour de la commission parlementaire pourtant chargée de faire la lumière sur les événements qui ont conduit au renvoi de M. Fortier.
En outre, la directrice des ressources humaines au ministère des Relations internationales (MRI), Josée Cerone, a révélé que la plainte pour harcèlement psychologique logée par une employée contre M. Fortier touchait une deuxième personne, toujours à l'emploi du MRI.
"Il y a une personne qui a porté plainte contre deux personnes qui auraient commis un geste ou quelque chose dont elle se plaint", a relaté Mme Cerone, livrant aux parlementaires un témoignage souvent hésitant et parfois confus.
De fait, la directrice des ressources humaines est incapable de dire où en est le dossier ni même si la plainte déposée en janvier est fondée.
Le bien-fondé de la démarche de la plaignante "n'a pas été démontré", a-t-elle dit.
De son côté, un conseiller de l'ancien délégué général est venu contredire les allégations de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, à l'effet que M. Fortier était un employé à ce point entêté et insubordonné que cela lui a coûté son poste.
"Il respectait toujours l'autorité", a fait valoir André Prince, ajoutant que l'atmosphère de travail sous la direction de Bruno Fortier à New York était plutôt bonne.
"Rien ne me permettait de conclure qu'il y avait un problème de climat de travail", a-t-il dit.
Le prédécesseur de M. Fortier à la délégation, Michel Robitaille, a lui aussi tracé un profil plutôt favorable du délégué en disgrâce.
Certes, Bruno Fortier avait un caractère "changeant", mais il était très efficace comme directeur économique, a-t-il témoigné.
Sa nomination pour un poste aussi prestigieux que celui de délégué général du Québec à New York en 2007 lui a peut-être "monté à la tête" et il "s'est cru tout permis", a analysé M. Robitaille.
Dans son témoignage, un peu plus tôt dans la journée, le premier ministre Jean Charest a reconnu pour sa part entretenir des liens d'amitié étroits avec M. Fortier depuis ses années de collège.
En 2004, il n'avait pas hésité à soutenir la candidature de son ami pour le poste de directeur économique à la Délégation générale du Québec à New York. M. Fortier a occupé cette fonction jusqu'en 2007, soit jusqu'à sa nomination à titre de délégué général.
"Ce n'est pas une tare dans la vie que d'être l'ami du premier ministre", a dit M. Charest.
Mais qu'il soit ou non un proche du premier ministre, si un serviteur de l'Etat ne respecte pas les consignes ou se montre incapable de travailler dans le cadre fixé, il revient alors aux autorités de prendre leurs responsabilités, a-t-il tenu à préciser.
Du reste, a insisté le premier ministre, ce ne sont pas les liens d'amitié qui ont permis à Bruno Fortier de devenir le grand patron de la délégation, mais ses qualités de gestionnaire.
"Ses compétences ont été largement reconnues. C'est sur cette base qu'il a été nommé (délégué général). Maintenant, une fois qu'il assume ses fonctions, c'est à lui de composer avec le milieu dans lequel il est appelé à travailler", a témoigné M. Charest.
De l'ascension à la chute de M. Fortier, survenue neuf mois à peine après sa nomination à la tête de la délégation, M. Charest dit être resté au-dessus de la mêlée, loin de l'appareil administratif.
"En aucun moment je ne suis intervenu dans le processus décisionnel. Cela aurait été inapproprié pour moi de le faire", a-t-il expliqué.
La responsabilité de sceller le sort du représentant du Québec en disgrâce relevait de la ministre des Relations internationales, a précisé M. Charest, convaincu de n'avoir rien à se reprocher dans cette affaire.
"J'ai exercé mon devoir d'Etat", a-t-il répété à quelques reprises.
M. Charest avait été mis au courant dès le mois de décembre que le projet de réforme administrative que concoctait l'ancien délégué était mal accueilli par ses supérieurs. Le mois suivant, il était informé qu'une plainte de harcèlement psychologique avait été portée contre le délégué par une employée de la délégation.
Les deux hommes ont eu une conversation téléphonique le 8 janvier 2008, mais en aucun moment les déboires de M. Fortier n'ont été abordés, a assuré le premier ministre.
"M. Fortier n'a pas soulevé cette question et cela ne m'a pas traversé l'esprit parce que ça ne me semblait pas significatif à ce moment-là. Nous avons parlé du 400e de Québec", a-t-il raconté.
Le député péquiste Sylvain Simard s'est par la suite demandé comment le premier ministre pouvait entretenir des liens d'amitié aussi chaleureux avec un individu qui a été décrit la veille en commission parlementaire "comme une sorte de monstre qui se lance tout à coup dans des opérations de vengeance à l'égard des gens, qui reçoit des plaintes de harcèlement, qui congédie des gens".
"Je ne suis pas d'accord avec la description que vous venez de faire, a rétorqué M. Charest. Il y a eu insubordination, c'est ça l'histoire. Sur cette base, le lien de confiance a été rompu. Moi, c'est l'histoire que j'ai retenue."