En effet, en forçant l'arrêt de l'arbitre à 1:08 du 10e round aux dépens de Joppy, qui n'avait été mis K.-O. qu'une seule autre fois au cours de sa longue carrière - c'était devant nul autre que Felix Trinidad - Bute n'a rien fait pour démentir ceux qui prétendent qu'il a le talent et la détermination pour devenir un champion parmi les champions.
"Il progresse à tous les combats, dit Eric Lucas, président d'InterBox, de son protégé vedette. Parmi les meilleurs il y a les Joe Calzaghe et les Bernard Hopkins, et il arrive tranquillement vers ce niveau-là. Encore deux ou trois combats et il sera prêt à affronter des boxeurs de ce calibre. Il a certainement le talent pour y arriver."
Selon Lucas, lui-même un ancien champion du monde, Bute a tous les atouts pour rivaliser avec la crème de la crème.
"C'est un gaucher, il a une très bonne vitesse et il est sérieux à l'entraînement, ce qui est un gros atout, a souligné Lucas. Il a toujours le goût de s'améliorer.
"Le talent, pas de doute qu'il l'a et en plus, il a de bonnes habitudes de travail."
Contre Joppy, un adversaire au c.v. bien garni et qui a plus de 40 combats à son actif, dont 14 de championnat du monde, Bute semblait quelque peu nerveux au premier round, vendredi. Il reculait rapidement la tête à la moindre feinte de l'Américain. Mais dès la deuxième reprise, après avoir eu le temps de bien mesurer la portée de Joppy - qui concédait un pouce à la sienne - Bute a réalisé qu'il contrôlait le ring, il a retrouvé ses aises et entrepris sa marche inexorable vers la victoire, comme il l'a fait à ses précédents combats.
Si bien que Joppy avait beau se targuer d'avoir affronté les Trinidad, Hopkins et Jermain Taylor dans le passé, il n'a jamais été dans le coup face à Bute.
Après le combat, Joppy, qui avait passé la semaine à marteler que Bute n'était qu'un jeune blanc-bec qui ne lui venait pas à la cheville, a dû reconnaître les mérites de son opposant et il a annoncé sa retraite, réalisant qu'à 37 ans, malgré ses exploits du passé, il ne pouvait plus tenir le coup contre des jeunes loups du calibre de Bute.
A 28 ans, le boxeur québécois d'origine roumaine poursuivra son développement, fort probablement au moyen d'une autre défense optionnelle en mai, suivie d'une première défense obligatoire à l'automne, contre le vainqueur du combat éliminatoire entre Robert Stieglitz et Librado Andrade. Ces deux-là s'affronteront le 22 mars.
"J'ai approché quelques personnes, mais pour l'instant le champ est très large, a dit Stéphan Larouche, entraîneur de Bute, de l'identité du boxeur que son protégé devrait affronter en mai. Comme d'habitude, on va choisir quelqu'un qui va aider Lucian dans sa progression, quelqu'un qui va lui apporter quelque chose de plus, quelqu'un que les gens vont avoir envie de voir au Centre Bell... ou sur la route."
Oui, sur la route. Larouche n'écarte pas la tenue d'un combat à l'étranger, encore une fois dans le but de permettre à Bute d'emmagasiner une expérience précieuse en vue de l'avenir, des combats qui compteront vraiment.
Ces "méga-combats" contre de gros noms de la boxe internationale risquent de suivre en 2009, a indiqué Don Majesky, négociateur pour InterBox avec les promoteurs étrangers.
"(Lucian) est un jeune champion, a déclaré Majesky. Je pense que vous n'avez pas encore vu Lucian Bute à son meilleur. Comme Stéphan l'a dit, chaque combat est un apprentissage pour lui, et je pense qu'il lui reste encore à apprendre certaines choses, il doit continuer à prendre confiance face à différents styles, et prendre de l'expérience dans un contexte où la télé internationale est présente, ce qui aurait aussi comme avantage de l'aider à devenir une superstar internationale. Nous allons nous diriger progressivement vers ces gros combats.
"Il n'y a rien qui presse. Lucian sera là pour encore 10 ans au moins, j'espère. Il a encore toute sa carrière devant lui, pas derrière."
Le contrat de Bute avec InterBox sera échu au mois de mars, mais compte tenu qu'il est sans conteste la vache à lait de l'organisation de Lucas et qu'il s'est fait des attaches fort solides au Québec, l'éventuel renouvellement de l'entente n'est sans doute qu'une formalité.