En début de soirée, Stefanos Stefanou, porte-parole du gouvernement de la République chypriote (seul reconnu par la communauté internationale), a confirmé cette décision, affirmant que la police chypriote-turque avait illégalement patrouillé Ledra Street, en entrant dans le secteur de la "zone-tampon" sous contrôle de l'ONU.
Les Chypriotes-grecs ont donc refermé la porte sud du point de passage: "nous avons dit très clairement qu'aucune violation ne serait tolérée", a ajouté le porte-parole.
Mais deux heures plus tard, la porte était rouverte, après que des groupes de manifestants se soient rassemblés sur Ledra Street, des deux côtés de la "Ligne verte" qui coupe l'île en deux, scandant "Chypre appartient à son peuple", tandis que les responsables de l'ONU assuraient une médiation entre forces de police des deux camps.
"Après des consultations avec l'ONU, nous avons reçu l'assurance que cela ne se reproduirait pas", a déclaré Kypros Michailidis, chef de la police chypriote-grecque de Nicosie.
Pourtant, tout avait bien commencé, avec une cérémonie d'ouverture dans les règles et dans l'euphorie, une fois nettoyée et éclairée la section de 70 mètres de long du no man's land, à l'abandon, encadrée d'immeubles abandonnées, reliant les deux secteurs de la ville.
"Nous avions l'attention du monde sur nous aujourd'hui, et quelques heures plus tard, nous avons réussi à tout gâcher", déplorait Valentina Sofocleous, directrice d'un groupe bicommunautaire de citoyens ayant milité pour la rouverture de Ledra Street. "C'est absurde, mais nous pensons que le problème sera surmonté et que Chypriotes-grecs et turcs vivront ensemble", a-t-elle ajouté.
La piétonne Ledra Street, coeur de la vieille ville de Nicosie est son artère commerçante principale, très fréquentée des deux côtés de la ville. Elle avait été coupée en deux par des barbelés en 1964 lors d'affrontements entre membres des deux communautés. Dix ans plus tard, cette barrière devenait permanente avec la partition de Chypre en deux, suite à l'invasion par l'armée turque du nord de l'île.
L'armée turque est présente depuis lors dans la partie nord de Chypre, la République turque de Chypre-Nord (RTCN, reconnue uniquement par Ankara).
Le mur avait été récemment remplacé par une barrière mobile, et son ouverture été décidée le 21 mars dernier lors de la première rencontre entre le tout nouveau président de la République de Chypre Dimitris Christofias et le dirigeant chypriote-turc Mehmet Ali Talat.
La rouverture de Ledra Street devait symboliser le retour à une ère de bonne volonté après des années de gel des négociations, et relancer le dialogue entre les deux dirigeants.
Des responsables des deux communautés, ainsi que des représentants des Nations unies et le commissaire européen à l'Elargissement Olli Rehn ont participé à la cérémonie qui a fait de Ledra Street le sixième point de passage entre le sud de l'île chypriote-grec et le nord occupé par les chypriotes-turcs. Passeports ou cartes d'identité resteront toutefois nécessaires pour passer d'un côté à l'autre.
Le franchissement de la "Ligne verte" dans le centre de Nicosie s'effectuait jusqu'à présent, pour les piétons, par un seul check-point, celui du Ledra Palace, à l'extérieur des remparts de la vieille ville, depuis l'ouverture de la Ligne en 2003.