Dans le même temps, la situation revenait un peu plus encore à la normale à Rangoon, principale ville du pays, sous état de siège pendant des jours, et quadrillée par l'armée à chaque carrefour. Certains barrages routiers ont été levés, et les visiteurs recommençaient à pouvoir se rendre, sous bonne garde, dans les pagodes de Shwedagon et Sule. Ces deux lieux sacrés du bouddhisme birman, coeur du mouvement de contestation, d'où partaient les défilés, avaient été totalement bouclés par l'armée au plus fort de la répression.
Selon "La Nouvelle lumière du Myanmar", l'organe officiel du régime, des perquisitions dans des monastères ont permis de trouver des armes à feu, des couteaux et des munitions. "Les moines doivent respecter les lois de Dieu et du gouvernement", écrit le journal. "S'ils violent ces lois, des actions pourraient être prises à leur encontre".
En outre, poursuit "La Nouvelle lumière du Myanmar", 78 personnes supplémentaires "impliquées dans la protestation" ont été arrêtées. De nouvelles interpellations qui viennent s'ajouter aux 2.093 déjà recensées par le quotidien, qui affirme qu'à la date de samedi, 1.215 personnes avaient été relâchées.
D'après le journal, 135 moines bouddhistes restent en détention. Les autorités en ont arrêté 533 pour les interroger et "différencier les vrais moines des faux", explique "La Nouvelle lumière du Myanmar" et 398 d'entre eux "ont été renvoyés dans leurs monastères respectifs".
Les chiffres fournis par la junte, impossibles à vérifier, semblent largement sous-évalués par rapport à ceux des organisations de dissidents birmans et gouvernements étrangers: ils estiment que plus de 6.000 personnes ont été arrêtées après les manifestations de septembre, les plus importantes depuis le soulèvement de 1988, réprimé dans le sang.
Au chapitre international, alors que les appels au dialogue venus de l'ONU s'assortissent de menaces de sanctions, la Malaisie a exhorté les généraux birmans à rencontrer rapidement et "sans conditions préalables" la figure de proue de l'opposition Aung San Suu Kyi, "avant que la communauté internationale ne mette en oeuvre une pression plus forte", selon les termes du ministre malaisien des Affaires étrangères Syed Hamid Albar.
Kuala Lumpur reste cependant opposée à toute tentative d'imposer des sanctions économiques ou une action militaire contre la Birmanie, tandis que Washington a haussé le ton vendredi, ainsi que les Européens.
La crise, déclenchée par une hausse drastique du prix des carburants à la mi-août, a évolué en septembre, avec plusieurs jours de manifestations pacifiques et massives, conduites par les bonzes, éminement respectés dans ce pays bouddhiste. Après des jours d'hésitation, l'armée a tiré sur la foule les 26 et 27 septembre, écrasant la contestation. Face au bilan officiel de dix morts, dont un journaliste japonais, dissidents ou diplomates redoutent qu'en fait plusieurs centaines de personnes aient été tuées.
Désormais, la répression continue dans l'ombre, et la machine de propagande de la junte tourne à plein régime. "La Nouvelle lumière du Myanmar" (nom officiel donné à la Birmanie par la junte) faisait état dimanche de manifestations massives dans le pays en soutien au gouvernement. Le journal a affirmer que les manifestants voulaient dénoncer le récent soulèvement pacifique "fomenté" par quelques moines et des membres de la Ligue nationale pour la démocratie (LND) de l'opposante Aung San Suu Kyi. Des rassemblements que l'on considère orchestrés par la junte, chaque famille étant contrainte d'envoyer une ou deux personnes aux manifestations.