Parmi les activistes arrêtés figure Htay Kywe, qui a dirigé certaines des premières manifestations contre le régime, il y a quelques semaines, avant d'entrer dans la clandestinité pour échapper à la traque des autorités, selon Amnesty. Aung Htoo et Thin Thin Aye, aussi connu sous le nom de Mie Mie, ont également été arrêtés.
Ces trois hommes seraient les derniers membres du Groupe des étudiants de la Génération 88 qui étaient encore en liberté. Ce mouvement, dans lequel se trouvent des leaders étudiants qui étaient actifs pendant le soulèvement pro-démocratie de 1988, était l'une des principales forces derrière les manifestations qui ont débuté au mois d'août. Un quatrième activiste, Ko Ko, a aussi été arrêté, selon Amnesty. Ils auraient tous les quatre été arrêtés à Rangoon.
"Amnesty International croit que ces importantes figures de l'opposition risquent de subir des tortures et des mauvais traitements", a déclaré Daniel Alberman, un porte-parole du mouvement des droits de l'homme. "Les yeux du monde sont sur la Birmanie, et les autorités seront jugées en fonction de la manière dont sont traités ceux qui ont été arrêtés ces dernières semaines".
Des manifestants auraient été battus et torturés, jusqu'à la mort pour certains, selon l'opposition. Un membre de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), Win Shwe, 42 ans, arrêté le 26 septembre avec cinq collègues, serait ainsi mort pendant un interrogatoire dans la province centrale de Sagaing.
Les nouvelles arrestations interviennent alors que dimanche, l'émissaire spécial de l'ONU Ibrahim Gambari est de nouveau attendu en Asie, avec pour mission de coordonner les efforts des gouvernements de la région pour aider à résoudre la crise. Il doit se rendre en Thaïlande, en Malaisie, en Indonésie, en Inde, en Chine et au Japon, avant d'aller à Rangoon.
Parallèlement, samedi, plusieurs milliers de personnes ont participé à une manifestation de soutien à la junte dans la plus grande ville birmane.
Les participants ont conspué les puissances occidentales et les médias étrangers que le gouvernement accuse d'avoir fomenté les manifestations de l'opposition réprimées par la violence fin septembre. Ils ont aussi appelé à "s'opposer aux éléments destructeurs internes et externes", reprenant les termes de la junte désignant la dissidente Aung San Suu Kyi et les pays occidentaux.
Des camions militaires avaient coupé les accès à un faubourg du nord-est de la capitale où les manifestants, venus d'autres quartiers, étaient amenés en car jusqu'à un terrain de sport. Des responsables locaux ayant requis l'anonymat ont déclaré avoir reçu l'ordre de trouver des participants dans le reste de la ville, en échange d'environ 0,80 dollar (56 centimes d'euro) par personne pour certains. Selon eux, quelque 120.000 personnes ont pris part au rassemblement.
C'était la première fois que le régime militaire organisait une telle manifestation à Rangoon même. Les 26 et 27 septembre, la junte avait réprimé des rassemblements de protestation dans la ville avec une violence meurtrière qui a été condamnée jeudi par le Conseil de sécurité des Nations unies. Celui-ci a appelé le pouvoir à entamer des négociations avec la LND d'Aung San Suu Kyi, mais les généraux au pouvoir ont rejeté ce qu'ils qualifient d'ingérence dans leurs affaires intérieures.
Le bilan de la répression reste indéterminé. Le gouvernement affirme que dix personnes ont été tuées et 2.100 autres arrêtées, mais des diplomates et des dissidents évoquent un bilan bien plus important, et jusqu'à 6.000 interpellations. Le porte-parole de la LND Nyan Win a déclaré vendredi qu'à cette date 216 membres de la Ligue se trouvaient en garde à vue.