L'Inde, la démocratie la plus peuplée du monde, et la Corée du Nord, la dictature la plus répressive d'Asie, fournissent ainsi des armes à la junte et aucune n'a donné signe de vouloir arrêter après la répression menée le mois dernier contre les manifestants pro-démocratie.
Comme pour les autres principaux fournisseurs de la Birmanie -la Russie, la Chine, la Serbie et l'Ukraine-, de telles ventes, peuvent certes être largement critiquées car elles aident le régime à se maintenir au pouvoir, mais elles ne violent pas clairement les lois, traités et accords internationaux.
"Ensemble, ces pays peuvent fournir tout ce que la Birmanie peut vouloir, et ils ont plus ou moins fait cela ces 15 dernières années", explique Siemon Wezeman, chercheur au "Projet de transfert d'armes" de l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI).
La plupart des transferts d'armes vers la Birmanie sont légaux et certains sont même signalés aux Nations unies. Mais d'autres transactions sont moins claires, les pays plus sensibles à l'opinion de la communauté internationale essayant apparemment de dissimuler leurs activités. Selon des spécialistes, cela concerne l'Inde, mais aussi Israël et Singapour. Le gouvernement israélien a démenti toute vente d'armes.
Les seules restrictions sur les ventes d'équipement militaire à la Birmanie sont auto-imposées. Les embargos les plus stricts sont maintenus par les Etats-Unis et l'Union européenne, alors que plusieurs autres nations, comme la Corée du Sud, se montrent moins radicales.
Les restrictions américaines et européennes interdisent les ventes et reventes de pratiquement tout équipement militaire à la Birmanie. Mais il est difficile d'arrêter des parties tiers de vendre du matériel d'occasion. Résultat: la junte s'est tournée vers des pays qui "ont acquis la réputation d'être disposés à fournir presque tous les régimes", souligne le Dr Paul Holtom, un autre chercheur du SIPRI.
L'armée de Birmanie, qui compte plus de 400.000 hommes, est la deuxième plus importante en Asie du Sud-Est après le Vietnam, et même la plus importante par rapport au nombre d'habitants. Parce que c'est un des pays les plus pauvres d'Asie, son armée a longtemps fonctionné sans l'armement sophistiqué de ses voisins, mais elle a fait d'énormes efforts de modernisation depuis 1988.
La Chine est de loin le pays qui lui a vendu le plus d'armes, selon les données du SIPRI sur les transferts majeurs d'armes conventionnelles. La junte aurait ainsi importé de l'équipement militaire pour 1,69 milliard de dollars (1,19 milliard d'euros) de Chine entre 1988 -quand la junte actuelle a pris le pouvoir après avoir réprimé violemment le soulèvement pro-démocratie-et 2006.
La Russie arrive en deuxième position avec 396 millions de dollars (279,4 millions d'euros), devant la Serbie et l'Ukraine.
Les considérations géopolitiques jouent aussi un rôle dans les ventes d'armes à la Birmanie. L'Inde, par exemple, avait vivement critiqué la répression de 1988. Mais elle a apparemment surmonté son aversion à traiter avec ce régime après s'être rendue compte que le rôle commercial, politique et militaire que jouait la Chine en Birmanie constituait une menace stratégique potentielle.