"J'en suis venu à la conclusion que la seule option viable pour le Kosovo est l'indépendance qui, durant une période initiale, devra être supervisée par la communauté internationale", écrit M. Ahtisaari dans une note préliminaire de trois pages et demie, précédant sa proposition proprement dite sur l'avenir de la province.
L'émissaire de l'ONU mentionne donc explicitement, dans un document officiel, l'indépendance de cette province majoritairement albanophone sous souveraineté serbe mais administrée par l'ONU depuis 1999.
Le plan, que M. Ahtisaari avait déjà présenté aux dirigeants de la région en février, a été approuvé par la majorité albanophone du Kosovo, mais rejeté par les autorités de Belgrade qui y voient une indépendance de facto et refusent de voir cette province, considérée par les Serbes comme le berceau de leur nation, faire sécession.
La décision finale revient désormais au Conseil de sécurité de l'ONU, mais l'adoption du plan Ahtisaari est loin d'être assurée en l'état, en raison de l'opposition de la Russie, membre permanent du Conseil avec droit de veto. En raison des liens historiques entre les deux pays remontant à l'époque communiste, la Russie soutient la Serbie et a laissé entendre qu'elle userait de son droit de veto si les intérêts serbes ne sont pas pris en compte.
Les Occidentaux, eux, soutiennent le plan de l'ONU. Lundi, Washington a affirmé son soutien à la proposition de l'émissaire: "Les Etats-Unis soutiennent la proposition d'une indépendance sous supervision pour le Kosovo", a ainsi déclaré le secrétaire d'Etat adjoint américain Nicholas Burns, en visite à Bruxelles. Selon lui, ce plan va permettre aux Kosovars d'aller "de l'avant vers l'indépendance". Plusieurs pays européens avaient déjà approuvé le projet de M. Ahtisaari.
Les premières discussions formelles au Conseil de sécurité sur le plan Ahtisaari sont prévues le 3 avril, selon des diplomates onusiens. Toutefois, des entretiens informels sur cette proposition pourraient avoir lieu dès mardi, a précisé un diplomate russe en poste à l'ONU.
Le plan prévoit d'accorder au Kosovo ses propres Constitution, drapeau, hymne et armée, tout en conférant à la minorité serbe le droit de gérer leurs affaires courantes. Si la note introductive parle d'"indépendance", la proposition elle-même ne mentionne pas le mot, mais ouvre la voie à un Etat souverain.
Le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon a lui aussi apporté son soutien au plan de son émissaire qui, selon lui, "contient tous les bons éléments d'une solution juste et durable pour le statut futur du Kosovo". La secrétaire britannique au Foreign Office, Margaret Beckett, estime que ce plan "donnerait au Kosovo de la clarté sur son avenir".
Dans la région, les deux parties concernées ont réagi évidemment de façon contradictoire à la publication du document. Le président indépendantiste du Kosovo, Fatmir Sejdiu, a salué "un jour historique pour le Kosovo", affirmant que l'indépendance servirait "la paix, la stabilité et la prospérité" dans ce territoire.
La tonalité était tout autre à Belgrade. "L'indépendance est inacceptable", a déclaré le président serbe Boris Tadic, qui a fait part de son mécontentement de voir les Etats-Unis soutenir le plan lors d'un entretien téléphonique avec M. Burns.