Le Kremlin a dénoncé une volonté de "politiser" le dossier mais n'a pas précisé s'il prendrait des mesures de rétorsion. Pour le ministère russe des Affaires étrangères, "la position de Londres est immorale", a fait savoir le porte-parole Mikhaïl Kaminine, fustigeant "une action bien préparée pour donner une tournure politique à l'affaire Litvinenko".
Il a suggéré que le gouvernement Brown voulait ainsi "justifier aux yeux de l'opinion publique mondiale, son propre refus de travailler avec la justice russe pour l'extradition vers la Russie de (Boris) Bérézovsky et (Akhmed) Zakaïev", deux adversaires du Kremlin, respectivement homme d'affaires et séparatiste tchétchène.
"Nous voulons la meilleure relation possible avec la Russie", a affirmé Gordon Brown lors d'une conférence de presse conjointe à Berlin avec la chancelière allemande Angela Merkel. Mais, a-t-il ajouté, "lorsqu'un meurtre est commis sur le sol britannique", des "mesures doivent être prises".
Un peu plus tôt, le chef de la diplomatie britannique, David Miliband, avait annoncé au Parlement que quatre diplomates russes, dont les titres et identités n'ont pas été précisés, seraient expulsés pour que Moscou saisisse l'importance de l'enquête sur "l'horrible mort lente" d'Alexandre Litvinenko.
"Le gouvernement russe n'a pas pris en compte, soit le sérieux avec lequel nous traitons ce dossier, soit le sérieux des questions qui se posent, malgré des pressions au plus haut niveau et des explications claires concernant notre besoin d'obtenir une réponse satisfaisante", a-t-il lancé.
La Russie a fait part la semaine dernière de son refus d'extrader Andreï Lougovoï, un ancien agent du KGB reconverti dans les affaires. La Grande-Bretagne, qui le considère comme le principal suspect dans la mort en novembre 2006 de Litvinenko, empoisonné par une substance radioactive, a refusé que le procès ait lieu en Russie.
Dans une déclaration posthume, Alexandre Litvinenko accuse le président russe Vladimir Poutine d'être l'instigateur de son assassinat et dit être tombé malade après un repas avec Andreï Lougovoï et Dimitri Kovtoune au Millennium Hotel de Londres. Un serveur de l'établissement, Norberto Andrade, a estimé dans le journal britannique "Sunday" que le poison avait probablement été versé dans le thé vert.
Dans un entretien publié mardi dans "Le Figaro", Boris Bérézovsky se dit "persuadé que Vladimir Poutine a commandité l'assassinat de Litvinenko, que le FSB l'a organisé et qu'Andreï Lougovoï s'en est chargé". Selon lui, deux faits le démontrent. Tout d'abord, le polonium, car "sans participation de l'Etat, des services secrets, on ne peut ni le produire, ni le transporter, ni l'utiliser". Autre élément, le fait que l'Etat russe et Poutine lui-même couvrent cet assassinat", poursuit l'homme d'affaires russe.
C'est la première fois que le Royaume-Uni recourt à l'expulsion de diplomates depuis 1996. Cette année-là, la Russie avait expulsé neuf diplomates britanniques accusés d'espionnage, et Londres avait répondu en expulsant à son tour quatre diplomates russes.
David Miliband a également annoncé lundi la suspension des négociations sur la simplification du processus de délivrance de visas et la révision en cours de la coopération avec la Russie sur un certain nombre de sujets.