Fidèle à sa réputation, M. Labeaume avait laissé sa tenue de maire (et la langue de bois) au vestiaire de l'immense hôtel particulier qui sert de siège à l'institution. Dans un discours d'une quarantaine de minutes, devant 200 hommes et quelques femmes d'affaires, il a détaillé les charmes de la Vieille capitale - productivité, bas prix des maisons, vie familiale, sécurité - tout en déplorant que les Français "n'aient pas le réflexe de venir s'installer dans la ville de Québec pour avoir accès au marché nord-américain".
"Avec mon passage ici, je pense que mon voyage est payé plusieurs fois, a lancé le maire après sa performance. Aujourd'hui, je pourrais repartir: mon voyage est fait."
Chose certaine, ce premier discours du maire de Québec en France a fait son petit effet, moins à cause de ce qu'il a raconté qu'en raison de la manière dont il l'a dit. C'est une affaire de style.
Jean-Paul L'Allier arrivait à Paris tout seul et se rendait les mains dans les poches chez son ami Jacques Chirac, à l'Elysée. La mairesse Andrée Boucher déboulait de son côté comme un tornade, avec sa personnalité et ses robes flamboyantes. Plus vendeur que maire, Régis Labeaume débarque quand à lui avec son discours direct d'entrepreneur décomplexé, suscitant des rires entendus lorsqu'il affirme que "les partis politiques, c'est rien que de la magouille" ou promet de réduire les avantages sociaux et les retraites de ses fonctionnaires.
"Ils sont étonnés, a-t-il dit au sujet de ses interlocuteurs français. Mais c'est comme ça, je ne peux pas faire autrement. Ou ils adorent ou ils sont étonnés. Je ne peux rien y faire."
En prenant place à leur table, les 200 convives ont eu la surprise de trouver la carte d'affaires du maire de Québec devant leur assiette. Dans son discours, il leur a répété deux fois son numéro de téléphone à l'Hôtel de ville, en promettant de rappeler dans les 48 heures les gens d'affaires français qui l'appelleraient. Effet garanti: "ça fait un peu Sarkozy", a noté quelqu'un.
Chose certaine, la Chambre de commerce et d'industrie de Paris est un interlocuteur de choix. Financé par une taxe professionnelle qui lui rapporterait 500 millions d'euros (790 millions $), cet "établissement public" est au service des 380 000 entreprises de la région parisienne.
"A la limite, je préfère faire affaires avec la Chambre de commerce qu'avec des ministères français, a lancé le maire Labeaume. A travers son président Pierre Simon, j'ai accès à tout le gouvernement et à tout le milieu des affaires à Paris et en France. Il connaît tout le monde. Pour nous, à Québec, si on veut faire des affaires, c'est une magnifique porte d'entrée."
Dans son discours, Régis Labeaume n'a que très rapidement évoqué le 400e anniversaire de sa ville. Il le fera plus longuement vendredi à l'Hôtel de ville de Paris, où il sera reçu par le maire Bertrand Delanoë, avec qui il donnera ensuite une conférence de presse sur les commémorations de la fondation de Québec.
Les deux hommes se retrouveront dimanche matin pour donner ensemble le départ du marathon de Paris.