L'interdiction, qui entrera en vigueur dimanche, vise tout nouveau tatouage de grande taille situé sous le coude ou le genou. Le corps des Marines justifie cette mesure en expliquant que ce type d'art corporel porte atteinte à son image.
"Je pense que je me ferai faire l'autre bras plus tard", ronchonne Slaton, 24 ans, qui comme d'autres, n'apprécie guère cette décision. Pour de nombreux Marines, le tatouage est une véritable tradition. Ils se font souvent tatouer les avant-bras en souvenir de camarades morts, de campagnes militaires ou de proches, et demandent fréquemment des dessins exotiques comprenant la devise de leur corps, Semper Fi, abbréviation de Semper Fidelis ("toujours fidèle").
Des dizaines de militaires de Camp Pendleton, plus grande base des Marines de la côte ouest, ont afflué dans les salons de tatouage d'Oceanside, ville toute proche, avant l'entrée en vigueur de l'interdiction.
"C'est quelque chose que j'adore faire", explique le caporal David Nadrchal, 20 ans, qui a pris rendez-vous pour se faire tatouer un drapeau irakien et les dates de son déploiement en Irak sur une jambe. "Que l'on me dise que je ne peux pas mettre sur mon corps ce que je veux, ce n'est pas rien", ajoute-t-il.
Le général James Conway, qui commande le corps des Marines, a annoncé la mesure la semaine dernière. "Certains Marines ont pris la liberté de se faire tatouer à un point qui est contraire à notre comportement professionnel", a-t-il déclaré. "Les tatouages d'une nature excessive ne représentent pas nos valeurs traditionnelles."
L'interdiction vise avant tout les grands tatouages que les Marines se font inscrire sur les biceps et les avant-bras, ainsi que tout motif dessiné sur le bas des jambes. Seront également bannis les dessins sur la partie haute du bras dépassant des T-shirts portés à l'entraînement. En revanche, les petits tatouages individuels resteront autorisés sur les bras et les jambes.
Les Marines déjà tatoués bénéficieront d'une exemption, mais ne pourront ajouter de nouveaux dessins si cela enfreint la mesure. Quiconque surpris avec un nouveau tatouage ne respectant pas la réglementation pourrait ne pas être autorisé à se ré-engager ou risquer une sanction disciplinaire.
Un tatouage interdit pourrait constituer un refus d'obéissance punissable de deux ans de prison et d'un renvoi pour manquement à l'honneur, précise le lieutenant Brian Donnelly, porte-parole des Marines.
Les Marines et les autres corps de l'armée américaine interdisent déjà les tatouages sexistes, vulgaires, liés à des gangs ou extrémistes. Mais l'armée de Terre, qui mène le gros des combats des forces américaines en Irak et Afghanistan et cherche à recruter, a assoupli ses restrictions l'an dernier: les soldats dans ses rangs peuvent désormais se faire tatouer le dos de la main et le bas de la nuque.
Le tatoueur Jerry Layton du salon Body Temple Tatto Studio à Oceanside raconte avoir fait le plein de rendez-vous de Marines pressés de se faire tatouer avant l'entrée en vigueur de l'interdiction. "Ce sont des types qui meurent à la guerre", dit-il. "Ils peuvent combattre, mais ils ne peuvent se faire faire un tatouage? C'est ridicule."