Selon un sondage sortie des urnes, dont la validité est contestée par l'opposition, Mikhaïl Saakachvili aurait récolté 53,8% des voix, devançant son principal rival, Levan Gatchetchiladzé, qui obtiendrait 28,3% des suffrages. Si ces chiffres se confirment, un second tour ne sera pas nécessaire dans deux semaines.
Le président sortant a appelé samedi soir à l'unité nationale lors d'un concert de célébration où étaient réunis ses partisans.
"Je tends ma main à ceux qui ont voté pour moi et à ceux qui ont pris part à l'élection", a-t-il déclaré.
L'opposition a cependant appelé à manifester dès dimanche, affirmant que des fraudes avaient eu lieu et que ce sondage sortie des urnes était truqué.
M. Gatchetchiladzé a affirmé tôt dimanche lors d'une allocution télévisée qu'il avait gagné dans la plupart des circonscriptions, et que le décompte s'effectuait dans des conditions de "terreur". Il a appelé l'opposition à sortir dans les rues dimanche, exhortant "toute la Géorgie à venir pour s'assurer que nous ne perdions pas notre pays".
Le sondage effectué auprès de 10.000 électeurs avant la fermeture des bureaux de vote comporte une marge d'erreur de plus ou moins trois points de pourcentage, ce qui laissait entrevoir la possibilité d'un second tour. Le milliardaire Badri Patarkatsichvili serait en troisième position avec 6,2%.
Cette enquête a été réalisée pour quatre chaînes TV par un consortium d'organisations publiques, l'Université d'Etat Ilia Chavchavadzé, l'Institut du Caucase pour la paix, la démocratie et le développement, l'Institut géorgien pour les affaires publiques et la Fondation géorgienne pour les enquêtes stratégiques internationales, sous le contrôle d'observateurs américains, estoniens et ukrainiens.
En 2003, M. Saakachvili avait conduit les manifestations qui avaient entraîné le départ du président Edouard Chevardnadzé, devenant du coup le héros de la "Révolution des roses" et un symbole des réformes démocratiques dans la région de l'ex-Union soviétique. Mais pendant la campagne présidentielle, il a été accusé de museler ses détracteurs et de restreindre les médias indépendants.
Après avoir voté à Tbilissi, le président sortant, qui est âgé de 40 ans, a réaffirmé sa volonté de transparence. "Nous sommes engagés à ce que la Géorgie soit un exemple de démocratie dans notre partie du monde", a déclaré M. Saakachvili à la presse, sa femme d'origine néerlandaise et leurs deux fils à ses côtés.
Quant au chef de la mission d'observation de l'OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe), l'Américain Alcee Hasting, il a jugé, deux heures avant la fermeture des bureaux de vote, que d'après les premières constatations, "il ne semble rien y avoir qui puisse laisser penser qu'une élection est en train d'être volée".
L'opposition, qui s'est présentée en ordre dispersé avec six candidats différents, a accusé le président sortant d'ignoré la situation des pauvres et de faire preuve d'autoritarisme. Ses partisans étaient descendus dans la rue en novembre, manifestant de façon pacifique pendant cinq jours avant d'être violemment dispersés par la police. M. Saakachvili avait décrété l'état d'urgence, convoquant le scrutin présidentiel anticipé afin de désamorcer la crise.
Le principal rival du président pour ce scrutin, Levan Gatchetchiladzé, a fait campagne pour la suppression de la présidence, promettant de démissionner en cas d'élection... Ce député, qui dirige une importante production de vin, bénéficie du soutien de l'ancienne diplomate française Salomé Zourabichvili, qui pourrait devenir Premier ministre de ce pays de cinq millions d'habitants.