Candidat libéral défait, M. Giguère a quitté un poste chez Hydro-Québec pour devenir adjoint principal du ministre dans sa circonscription à l'hiver 2006. Il y est resté environ un an, soit jusqu'en avril dernier.
D'après la directrice des communications du ministre Blackburn, le consultant en communications touchait un salaire annuel de 35 000 $ pour son travail au bureau de comté de Jonquière.
Des documents obtenus par la Presse Canadienne démontrent toutefois que le gouvernement lui a aussi versé 24 804 $ en six mois pour rédiger des discours "sur une base contractuelle" à la demande du cabinet du ministre.
Entre septembre 2006 et avril 2007, M. Giguère a livré au ministre une dizaine d'allocutions de longueurs variables en vue d'événements tels que le souper de la Chambre de commerce de Dolbeau-Mistassini, la Journée des entrepreneurs et un brunch paroissial dans sa circonscription.
Plusieurs de ces discours, dont le prix oscille entre 1750 $ et 3000 $ chacun, comportent d'ailleurs des similitudes troublantes.
Le ministre y décrit notamment les métamorphoses de l'économie du Québec ainsi que les programmes de l'agence Développement économique Canada - dont il est responsable - en des phrases qui se répètent d'une fois à l'autre.
Les factures ont été approuvées par le chef de cabinet du ministre, Michel Lalonde, qui a conclu le contrat de rédaction avec M. Giguère.
Dans un courriel, la directrice des communications du ministre a assuré que toutes les directives du Conseil du trésor avaient été respectées et que tous les détails du contrat avaient été divulgués "conformément à toutes les attentes sur la transparence et la responsabilité".
Parce que la valeur totale du contrat était inférieure à 25 000 $, il n'était pas obligatoire d'organiser un appel d'offres.
La Loi sur le Parlement proscrit toutefois clairement l'octroi de mandats à des personnes déjà rémunérées par le trésor public, comme c'était le cas de M. Giguère en septembre.
La décision du cabinet de confier un mandat de rédaction de discours à un employé laisse d'ailleurs les partis d'opposition perplexes.
"Comme ministre, il a déjà une directrice des communications, une attachée de presse. Il a déjà des fonctionnaires qui sont compétents dans chacune des directions des communications de ses ministères, que ça soit au Travail ou le Développement économique régional", a fait valoir le porte-parole du Parti libéral pour l'Agence de Développement économique Canada pour les régions du Québec, Marcel Proulx.
Pour que le contrat soit justifié "il aurait fallu que M. Giguère ait une expertise très particulière. Or, à ma connaissance, M. Giguère n'est pas un expert dans quoi que ce soit qui n'est pas déjà couvert par un employé d'un ou l'autre ministère de M. Blackburn."
A son avis, le contrat visait vraisemblablement à accroître le traitement de M. Giguère, qui avait quitté un emploi lucratif chez Hydro-Québec pour rejoindre l'équipe du ministre. Il a quitté ses fonctions, il y a quelques semaines, pour devenir directeur général de la Conférence régionale des élus du Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Ce n'est pas la première fois que la gestion des ressources humaines de Jean-Pierre Blackburn suscite la controverse.
En octobre dernier, le ministre responsable de l'Agence de Développement économique du Canada pour les régions du Québec avait été critiqué parce qu'il avait octroyé un contrat de quelque 24 000 $ à un conseiller qu'il avait par la suite embauché à son cabinet.
Jean-Pierre Blackburn a aussi fait les manchettes récemment après que la Presse canadienne eut dévoilé qu'il avait omis de comptabiliser à son nom des frais de déplacement en avion nolisé totalisant 150 000 $.
Pour le néo-démocrate Pat Martin, cela démontre à quel point les conservateurs sont négligents dans leur façon de gérer l'argent des contribuables, même s'ils se drapent dans la transparence et la responsabilité. "Ce sont pourtant les petites choses qui font tomber les ministres", a-t-il souligné.