Le procureur de l'ancien premier ministre, Guy Pratte, a formulé cette requête mercredi, dans une lettre adressée au président du comité parlementaire, Paul Szabo. "Je demande que vous me fournissiez une copie de tout projet de rapport que le comité préparera, pour donner à M. Mulroney une occasion raisonnable de faire ses commentaires", peut-on lire dans la missive.
Aux yeux de Me Pratte, il s'agit d'être juste "puisque les dommages déjà causés à la réputation de M. Mulroney pourraient être exacerbés de manière injustifiée par ce document". L'avocat et un autre conseiller de M. Mulroney, Robin Sears, doivent rencontrer les médias jeudi matin pour détailler leurs arguments.
Le hic, c'est que selon les experts en procédure consultés par La Presse Canadienne, accéder à la requête de l'ancien premier ministre équivaudrait à commettre un outrage au parlement. En effet, seuls les députés ont le droit de prendre connaissance d'un rapport de comité avant son dépôt officiel.
De toute manière, les membres du comité semblaient peu disposés mercredi à faire des exceptions pour M. Mulroney, qui a laissé savoir en début de semaine qu'il refusait leur invitation à comparaître pour une deuxième fois devant eux.
La bloquiste Carole Lavallée a accueilli la requête de l'ancien premier ministre avec un grand éclat de rire. "Je suis très étonnée. Ce n'est pas une pratique habituelle. On aura un débat en comité, on étudiera les précédents s'il y en a. Mais les délibérations d'un comité sont confidentielles et les brouillons de rapport en font partie", a-t-elle fait valoir.
La députée souligne en outre que les consultations avec M. Mulroney retarderaient vraisemblablement la publication du rapport et le début de l'enquête publique que le Bloc souhaite voir démarrer "le plus rapidement possible".
Pour le député libéral Robert Thibault, l'attitude de M. Mulroney est "irresponsable" et "irrespectueuse" et sa demande de voir le rapport avant sa publication est "ridicule". "A ma connaissance, on n'a jamais fait ça. Ce n'est pas une commission d'enquête, c'est un comité et un rapport est privé jusqu'à ce qu'il soit déposé", a-t-il expliqué.
Le néo-démocrate Pat Martin a pour sa part qualifié la requête de Me Pratte d'"absurde". "J'ai été renversé de lire sa demande. Cela prouve à quel point il est naïf et mal préparé. Les rapports sont sous embargo jusqu'à ce qu'ils soient déposés en Chambre. Personne n'a le droit de les voir", a-t-il déclaré.
D'après lui, M. Mulroney devrait se compter chanceux qu'on ne le force pas à comparaître devant le comité. "La seule raison pour laquelle on ne le fait pas, c'est qu'on veut que la commission d'enquête commence son travail", a-t-il insisté.
Le président du comité Paul Szabo n'a pas encore fait connaître sa décision à cet égard. En matinée mercredi, il disait vouloir prendre en considération tous les éléments du dossier et en discuter avec ses collègues jeudi.
Mais aucun parti ne semble avoir envie de prolonger indûment les travaux des parlementaires, qui ne disposent pas des mêmes moyens qu'une commission d'enquête officielle comme celle que le premier ministre Stephen Harper s'est engagé à mettre sur pied.
"Comme il y a une commission, je pense qu'on a fait le maximum qui pouvait être fait en comité. Ça apporte de la matière à la commission. La commission pourra poursuivre les travaux avec plus de faits que ce qui était connu au moment où toute cette histoire a débuté", a souligné le chef bloquiste Gilles Duceppe.