Visiblement ému lors de sa dernière séance de questions à la Chambre des Communes, Tony Blair s'est dit "sincèrement désolé" des périls encourus par les soldats britanniques en Irak. Mais il n'a pas remis en cause son soutien à l'intervention américaine, sans doute la décision la plus impopulaire qu'il ait prise durant son séjour Downing Street.
Il a salué les MPs (membres du parlement). "Je souhaite à chacun, ami ou ennemi, de réussir", a-t-il lancé. "Et voilà, c'est fini", a-t-il conclu en s'asseyant. Les députés ont accompagné son départ par une ovation debout, certains écrasant une larme, comme la ministre des Affaires étrangères Margaret Beckett.
Tony Blair s'est ensuite rendu au Palais de Buckingham pour remettre sa démission à la reine Elizabeth II, qui a ensuite reçu son ministre des Finances pour lui demander de former un nouveau gouvernement. En Grande-Bretagne, c'est le chef du parti majoritaire aux Communes qui est nommé Premier ministre. Et Tony Blair avait quitté la direction du Parti travailliste en faveur de Gordon Brown.
"J'ai le grand privilège de pouvoir servir mon pays", s'est réjoui Gordon Brown, tout sourire, devant la presse réunie devant le 10, Downing Street, la résidence officielle du Premier ministre. Avec son épouse Sarah et leurs deux jeunes fils, il vivait d'ailleurs déjà à cette adresse. Tony Blair, à la tête d'une famille plus nombreuse, avait en effet échangé sa résidence officielle avec celle du chancelier de l'Echiquier, au 11, Downing Street.
Et ce ne serait pas le seul arrangement conclu entre les hommes, tous deux élus à la Chambre des Communes en 1983. Une information souvent rapportée par la presse -mais jamais confirmée-fait état d'une sorte de pacte de Yalta. En 1994, alors que Tony Blair et Gordon Brown étaient tous deux pressentis pour succéder à John Smith à la tête du Labour, les deux amis auraient convenu ceci, lors d'un dîner: Brown ne briguerait pas la direction du parti et Blair, une fois élu, le nommerait aux Finances, puis démissionnerait à temps pour que Brown puisse lui aussi exercer ces fonctions.
Et après avoir patiemment attendu dix ans aux Finances, Brown est enfin Premier ministre, au moins jusqu'aux prochaines élections générales. Il doit convoquer ce scrutin d'ici juin 2010. Mais il pourrait organiser les élections bien avant.
La défection ce mercredi d'un MP conservateur au profit du Labour l'aurait en effet regonflé. Et les sondages sont plutôt de bon augure: une dernière enquête d'opinion, publiée le week-end dernier fait repasser les travaillistes devant les conservateurs pour la première fois depuis octobre. Le Labour est ainsi crédité de 39% des intentions de vote, contre 36% au Parti conservateur dirigé par le dynamique David Cameron (échantillon de 1.970 interrogées du 14 au 20 juin; marge d'erreur de plus ou moins 2%).
Un thème pourrait peser dans une éventuelle campagne: l'Irak, où sont encore déployés 5.500 soldats britanniques, essentiellement dans la région de Bassorah. Gordon Brown a indiqué mercredi que 500 militaires supplémentaires rentreraient prochainement au pays.
De son côté, Tony Blair quitte non seulement le gouvernement mais aussi le Parlement. Celui qui a fait gagner trois élections générales à son Parti travailliste s'est rendu ce mercredi dans sa circonscription de Sedgefield pour annoncer qu'il allait se consacrer à d'autres tâches.
Les Nations unies, l'Union européenne, les Etats-Unis et la Russie l'ont nommé mercredi émissaire du Quartet pour la paix au Proche-Orient. Tony Blair tentera en priorité de soutenir la restauration de "l'état de droit" dans les Territoires palestiniens. Le chef de l'exécutif nord-irlandais, le responsable unioniste Ian Paisley lui a prédit autant de succès qu'en Irlande du Nord.