Le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon a de son côté appelé mardi Téhéran à coopérer avec l'ONU, soulignant que les Nations unies souhaitaient un règlement pacifique du dossier nucléaire iranien.
"Nous sommes convaincus qu'aucun problème moderne ne peut avoir de solution militaire et cela s'applique aussi au programme nucléaire iranien", a déclaré le chef de la diplomatie russe, à l'issue d'un entretien avec son homologue français Bernard Kouchner à Moscou.
"La multiplication des informations faisant état de l'éventualité de sanctions militaires contre l'Iran inquiète la Russie. Il est difficile d'imaginer que ces sanctions apaisent les tensions dans la région", a souligné Sergueï Lavrov, rejetant l'idée de sanctions unilatérales prises par l'Union européenne ou les Etats-Unis.
"Si nous acceptons de travailler collectivement, ce qui se concrétise par des décisions collectives au sein du Conseil de sécurité de l'ONU, quels sont les buts de sanctions unilatérales?", s'est-il interrogé. La Russie, qui entretient des relations étroites avec Téhéran, participe à la construction de la première centrale nucléaire iranienne.
Nuançant ses propos alarmants de dimanche sur un risque de guerre dans la crise du nucléaire iranien, Bernard Kouchner a assuré mardi avoir "dit que le pire serait la guerre". "Tout doit être fait pour éviter la guerre".
"Ca veut dire qu'il faut négocier, négocier, négocier sans relâche", a expliqué le ministre français des Affaires étrangères, qui a cependant défendu l'idée de sanctions dans le cadre de l'Union européenne.
"Contrairement à mon ami Sergueï, je pense qu'il est nécessaire de travailler sur des sanctions", lesquelles montreront "le sérieux" que la France met dans la recherche d'une "solution pacifique" dans le cadre du droit international, a-t-il ajouté.
Dans un entretien au "Monde" accordé lundi et publié mardi soir, Bernard Kouchner note que "s'il y a une nouvelle résolution de l'ONU, nous en serons heureux. S'il n'y en a pas, nous construirons en tout cas des sanctions". Et les sanctions efficaces "sont celles des Américains: économiques, sur les grosses fortunes, les banques".
La France travaille avec ses partenaires européens à des sanctions visant les secteurs du crédit, de l'assurance et des finances, précisait-on de sources diplomatiques. Les responsables des 27 pays membres ont rédigé une première version d'un texte imposant des sanctions contre Téhéran, en parallèle des sanctions en discussion aux Nations unies, précisait-on de mêmes sources.
Deux résolutions onusiennes qui avaient pour but de contraindre l'Iran à cesser son programme nucléaire sont restées sans effet. Le Conseil de sécurité devrait préparer une nouvelle résolution pour la semaine prochaine, mais la France travaillera "dans un cadre européen" si elle juge le résultat insuffisant, a confirmé la porte-parole du Quai d'Orsay Pascale Andreani lors du point de presse quotidien.
Le ministre russe des Affaires étrangères a rappelé l'opposition de Moscou à de nouvelles sanctions onusiennes, préférant un accord entre l'Iran et l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA). Il a même plaidé pour que les négociateurs internationaux offrent à l'Iran des encouragements en matière économique notamment, pour avancer sur le dossier du nucléaire, citant l'exemple de la Corée du Nord.
A New York, Ban Ki-moon, interrogé sur les propos de Bernard Kouchner, a réaffirmé sa "position et celle des Nations unies sur les questions nucléaires iraniennes. Par principe, toutes les questions en suspens (...) doivent être résolues par le dialogue d'une façon pacifique. Ce sont des principes très, très importants", a-t-il souligné.
A Téhéran, le président iranien a accueilli d'un haussement d'épaules la mise en garde lancée par le chef de la diplomatie française contre le risque de guerre si Téhéran met au point une arme nucléaire. "Nous ne prenons pas ces menaces au sérieux", a dit Ahmadinejad, cité par l'agence officielle iranienne IRNA. Lundi, l'agence IRNA avait vivement critiqué les propos du ministre français, accusant notamment les "occupants de l'Elysée" d'être devenus des "traducteurs de la politique de la Maison Blanche".