Le licenciement subit de Linda Keen, à peine 12 heures avant qu'elle ne doive témoigner devant un comité des Communes, a causé l'indignation chez les députés de l'opposition.
Selon le porte-parole libéral en matière de ressources naturelles, Omar Alghabra, le congédiement de la directrice de la Commission canadienne de sûreté nucléaire est semblable à celui d'un juge dont une décision aurait déplu au gouvernement.
"C'est un très triste jour, a déclaré M. Alghabra. Nous entendons souvent parler d'incidents semblables dans des pays étrangers, où des dictatures congédient des juges indépendants ou des (responsables) quasi-judiciaires selon leur bon vouloir. Mais je ne m'attendais jamais à voir cela arriver ici, au Canada."
Le premier ministre Stephen Harper aurait plutôt dû congédier son ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, pour "ingérence flagrante" auprès d'une agence indépendante, a estimé M. Alghabra.
Les partis d'opposition ont aussi accusé le gouvernement d'avoir tenté de faire taire Mme Keen et de couvrir sa propre incompétence dans la résolution de la crise du mois dernier, lorsque la fermeture du réacteur de recherche de Chalk River, en Ontario, a engendré une pénurie mondiale d'isotopes médicaux utilisés pour le diagnostic et le traitement du cancer et d'autres maladies.
Le député libéral David McGuinty a laissé entendre que le gouvernement avait semblé éliminer une personne qu'il considérait comme un obstacle à la croissance et à la prospérité de l'industrie nucléaire au Canada.
Mais M. Lunn a rétorqué que Mme Keen a été congédiée parce qu'elle n'a pas réussi à faire usage de ses pouvoirs exécutifs pour résoudre l'impasse du réacteur de Chalk River, détenu et exploité par Energie atomique du Canada limitée (EACL). Selon lui, elle démontrait un "manque de leadership".
"Mme Keen avait perdu la confiance du gouvernement dans l'accomplissement de ses responsabilités exécutives dans son rôle", a-t-il indiqué lors d'une rencontre spéciale du comité des Communes des ressources naturelles.
Mme Keen devait témoigner devant le comité à la suite de M. Lunn. Elle avait accepté tôt mercredi, mais s'est désistée environ une heure plus tard, évoquant son congédiement. Elle n'a pas voulu parler aux médias non plus.
Le réacteur de Chalk River, qui produit plus de la moitié des réserves mondiales d'isotopes médicaux, a été arrêté pour ce qui ne devait être que quelques jours le 18 novembre, pour de l'entretien de routine. Mais il est resté inactif pendant près d'un mois, la Commission canadienne de sûreté nucléaire s'objectant à son redémarrage pour des raisons de sécurité.
Après le vote à l'unanimité par le Parlement d'une loi qui a permis d'outrepasser les objections de la commission, le réacteur a repris du service le 16 décembre.
Selon M. Lunn, c'est l'intransigeance de Mme Keen qui a forcé le gouvernement à demander l'approbation parlementaire pour aller de l'avant malgré ses réticences.
"Si nous n'avions pas agi, je n'ai aucun doute que des personnes seraient mortes", a déclaré M. Lunn, faisant remarquer que l'appui pour le redémarrage du réacteur a été unanime au Parlement.
Mais M. Alghabra et le député du Bloc québécois Claude DeBellefeuille appuyaient Mme Keen et affirment n'avoir voté en faveur du projet de loi du gouvernement que pour éviter une catastrophe médicale.
M. DeBellefeuille a demandé à M. Lunn pourquoi il s'en était pris à Mme Keen, qui ne faisait que son travail, plutôt que de se concentrer sur EACL, qui n'a pas réussi à respecter les conditions de sa licence. Le ministre a répondu qu'il n'était pas encore clair qu'EACL n'avait pas respecté ses conditions et a ajouté qu'il comptait sur la nouvelle présidente d'EACL, Glenna Carr, pour effectuer une évaluation interne de la société publique afin d'éclaircir cette question.