C'est la faute à Ottawa s'il n'y a pas plus de cohésion dans la lutte menée à travers le pays aux changements climatiques, selon le premier ministre de l'Ontario, Dalton McGuinty.
Et si le gouvernement de Stephen Harper n'assume pas son leadership dans ce dossier, les provinces ne pourront tout simplement pas appliquer leur propre plan d'action, selon lui.
"Ce qui nous manque ici, au Canada, c'est le leadership venant du gouvernement fédéral", a dit M. McGuinty, lundi matin, lors d'un point de presse, alors qu'il allait rejoindre ses homologues réunis pour une rencontre de deux jours qui porte notamment sur la lutte aux gaz à effet de serre (GES).
Sans ce leadership et alors que la crise est d'envergure "mondiale", "cela va être impossible d'assumer notre propre responsabilité", selon lui.
La position de l'Alberta, qui vient d'annoncer un plan d'action très controversé de lutte aux gaz à effet de serre, a semblé mettre mal à l'aise plusieurs des premiers ministres présents.
Le premier ministre de l'Ontario a dit qu'il avait hâte de rencontrer son homologue de l'Alberta, Ed Stelmach, pour discuter de son plan d'action, qui n'indique aucune réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) avant 12 ans. D'ici là, la production de GES va même augmenter.
Plusieurs provinces, dont le Québec, qui s'aligne sur le protocole de Kyoto, ont des plans d'action beaucoup plus ambitieux et surtout se sont imposé une échéance à plus court terme.
En après-midi, le premier ministre Jean Charest a dit que les discussions avaient été constructives et "ouvertes" entre M. Stelmach et ses homologues, sans commenter davantage.
Le premier ministre de Colombie-Britannique, Gordon Campbell, qui dirige la province voisine de l'Alberta, a dit que l'important consistait à "agir et à donner l'exemple".
Il a dit que toutes les provinces voulaient réduire les GES, mais qu'elles prenaient "des moyens différents pour y arriver".
M. Campbell n'a pas semblé très chaud, par ailleurs, à l'idée de voir Ottawa annoncer un "plan national" comme le suggère M. McGuinty.
De plus, les deux hommes ne s'entendent pas sur l'importance de respecter - comme le Québec et la Colombie-Britannique se sont engagés à le faire - les normes californiennes d'émissions imposées aux constructeurs automobiles.
De son côté, le premier ministre Stelmach s'est défendu, en disant que son plan d'action était un véritable plan "réaliste et pragmatique", conçu pour régler un problème réel.
A un journaliste qui lui a lancé que personne ne jugeait qu'il s'agissait d'une initiative susceptible de susciter l'adhésion, M. Stelmach a répliqué que les Albertains, eux, appréciaient son plan d'action.
"Les Albertains l'ont adopté, parce qu'ils savent qu'une loi a été votée par la législature albertaine", et qu'il aura pour effet de réduire les GES, a-t-il fait valoir en point de presse, avant de s'engouffrer dans la salle pour "vendre" sa vision à ses homologues.
Alors que la question de l'adaptation aux changements climatiques - et la position des provinces par rapport à Ottawa - sera le seul sujet à l'ordre du jour de la rencontre mardi, M. Stelmach, qui pourrait déclencher des élections incessamment, aura déjà quitté Vancouver pour retourner dans ses terres, rencontrer des chefs autochtones.
Le plan pour réduire les émissions de GES en Alberta se concentre surtout sur la capture et l'emprisonnement du gaz carbonique craché par les usines géantes de sable bitumineux et les génératrices au charbon.
L'Alberta prévoit réduire ses émissions de 14 pour cent d'ici 2050.
Stratégie manufacturière: pression sur Ottawa
A Vancouver, la pression sur Ottawa s'est manifestée également dans le dossier de la stratégie manufacturière.
Les premiers ministres de l'Ontario et du Québec ont uni leurs voix et réitéré leurs doléances envers le gouvernement fédéral, pour qu'il se montre financièrement plus généreux dans son aide aux industries et aux travailleurs âgés du secteur manufacturier et forestier, et qu'il agisse immédiatement.
MM. Charest et McGuinty s'attendent donc à une intervention plus musclée d'Ottawa dans son prochain budget, attendu d'ici un mois ou deux.