Le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, a déposé le projet de loi en ce sens, vendredi, exprimant le souhait de voir les partis d'opposition se rallier à la proposition.
Mais le voeu de M. Day risque fort peu de se matérialiser. Le Bloc québécois est catégorique et refuse de voir le registre disparaître; les deux tiers des députés néo-démocrates et une majorité de libéraux sont du même avis.
"Il n'y a absolument rien qu'il peut faire pour (...) nous influencer ou nous faire changer d'idée", a lâché la députée bloquiste, Monique Guay.
La position de la majorité des députés aux Communes rejoint celle des associations de policiers et du gouvernement du Québec qui pressent le gouvernement de Stephen Harper de mettre au rancart cette idée.
Malgré les appels multiples, les conservateurs demeurent inflexibles et disent avoir l'intention d'honorer ce qui est, pour eux, une promesse électorale.
A sa sortie des Communes, vendredi, le ministre Day a répété que le registre des armes à feu n'est qu'un "gaspillage d'argent" inutile.
"Nous voulons une augmentation des officiers de police dans les rues, nous voulons une augmentation des ressources, des outils à nos agents de police, nous voulons voir une réduction des crimes commis avec des armes à feu. C'est pourquoi ce n'est pas nécessaire d'avoir un système qui n'est pas efficace", a fait valoir le ministre.
Le critique néo-démocrate en matière de justice, Joe Comartin, estime que l'argument du ministre ne tient pas la route.
"Ils ont promis 1500 nouveaux agents de police dans nos rues, mais ils n'ont rien fait", a argué M. Comartin, qui soutient qu'Ottawa s'obstine encore avec les provinces sur la répartition des coûts de ces nouveaux policiers.
Il rappelle aussi que l'abolition de l'enregistrement des armes d'épaule fera économiser entre 2 et 5 millions $ par année au gouvernement puisqu'il faudra maintenir le registre pour les armes de poing.
Mais M. Comartin dit être surtout inquiet de la position des libéraux qui, depuis quelques temps, préfèrent s'abstenir lorsqu'ils craignent que le résultat d'un vote pourrait être interprété comme un vote de confiance par le premier ministre Stephen Harper. Battu sur un vote de confiance, le gouvernement pourrait déclencher des élections générales, ce que le Parti libéral préfère retarder encore pour l'instant.
Dans les rangs libéraux, on insiste sur le fait que le registre est issu d'un gouvernement libéral et que le parti s'oppose à son abolition.
La première version du projet de loi a d'abord été présentée en juin 2006. Sachant qu'il n'obtiendrait pas l'appui d'une majorité en Chambre, et après la fusillade au Collège Dawson, le gouvernement Harper a enterré profondément, dans sa liste de priorités, son projet de loi abolissant le registre.
Ainsi, le projet de loi est mort au feuilleton lors de la prorogation de la Chambre, en septembre dernier, sans même avoir passé l'étape de la deuxième lecture.
L'absence de débat sur le projet de loi n'a pas empêché le gouvernement de poser des gestes pour arriver à ses fins.
"Le gouvernement est en train de démanteler morceau par morceau le registre des armes à feu", a dénoncé Monique Guay, faisant référence à l'amnistie accordée aux détenteurs de fusils de chasse qui n'ont plus à renouveler leur enregistrement. Le gouvernement a aussi annulé un contrat pour moderniser le système informatique du registre des armes à feu.