Les parlementaires ont voté par 322 voix contre 108 en faveur de la suspension du président. Selon la loi, le Parlement peut suspendre le président pour 30 jours et organiser un référendum sur sa destitution.
Pour que Traian Basescu soit destitué, il faudrait que la mesure soit approuvée par plus de 50% des électeurs roumains, ce qui est quasiment impossible compte tenu de sa popularité et de la traditionnelle faible participation lors des scrutins roumains. Traian Basescu a séduit les Roumains en réussissant l'entrée du pays dans l'UE en janvier dernier et en attirant les investisseurs étrangers. Les sondages le donnent vainqueur s'il briguait un nouveau mandat.
Traian Basescu, qui avait dit qu'il démissionnerait "dans les cinq minutes" s'il était suspendu, a laissé entendre lors d'une réunion de ses partisans à Bucarest qu'il resterait au pouvoir. "Je suis encore président de la Roumanie", a-t-il lancé. "Je n'ai pas violé la constitution. Il est temps que justice soit faite en Roumanie".
Les parlementaires reprochent au président roumain 19 abus constitutionnels. Il est accusé d'avoir tenté d'usurper le contrôle du gouvernement face au Premier ministre, d'avoir critiqué des juges et ordonné des écoutes téléphoniques de ministres. La cour constitutionnelle roumaine n'a pas trouvé de preuves étayant ses allégations et rejeté ces accusations. Mais le Parlement est libre de prendre sa décision quel que soit l'avis de la cour.
Le fond de l'affaire réside dans la bataille politique qui oppose depuis des mois le président au franc-parler à son Premier ministre, le plus collet-monté Calin Popescu Tariceanu.
Les Roumains ont assisté au spectacle de leurs deux principaux dirigeants échangeant des insultes, à la fois fascinés et horrifiés par cet affrontement qui paralyse progressivement l'exécutif du pays.
L'Union européenne, qui veut que la Roumanie poursuive ses réformes en matière de lutte contre la corruption et relève son niveau économique, suit également cette crise avec une certaine inquiétude.
La bataille a commencé l'an dernier quand le Premier ministre s'est prononcé pour un retrait des troupes d'Irak, alors que le président y était opposé. Calin Popescu Tariceanu a depuis engagé des consultants étrangers pour lancer une grande campagne de relations publiques destinées à améliorer son image. Mais Basescu, a pour l'heure gagné la bataille de l'opinion.