Le chef du gouvernement péruvien a confié à la cour qu'il se trouvait en compagnie de M. Garcia la nuit du 5 avril 1992 lorsqu'Alberto Fujimori a envoyé des chars et des hommes armés à son domicile.
"Nous avons entendu une voix dans un haut-parleur qui disait: 'Au nom du commandement des forces armées, sortez les mains en l'air M. Garcia, et tout le monde dehors"', a-t-il raconté au jury. Selon lui, il ne faisait aucun doute que les hommes de Fujimori voulaient "l'éliminer".
Le président Garcia et son Premier ministre ont à maintes reprises relaté cet événement par le passé mais le témoignage de del Castillo de vendredi est le premier déposé sous serment dans un cadre juridique.
La justice péruvienne reproche par ailleurs à M. Fujimori d'avoir commandité l'exécution de neuf étudiants et d'un enseignant de l'Université La Cantuta en 1992, ainsi que l'assassinat de 15 personnes à Lima en 1991. L'ancien homme fort de Lima risque jusqu'à 30 ans de prison.
Premier président de l'histoire du Pérou à comparaître pour des crimes perpétrés lors de son exercice du pouvoir, Fujimori est toujours considéré par de nombreux Péruviens comme une icône, reconnu comme l'homme qui avait ramené la stabilité dans le pays.
En 2000, Fujimori s'était pourtant enfui pour le Japon, pays de naissance de ses parents, son régime s'effondrant dans des affaires de corruption impliquant l'éminence grise de son régime, le tout-puissant chef des services secrets Vladimiro Montesinos, aujourd'hui emprisonné.
Fujimori est revenu en Amérique latine en 2005, s'installant au Chili avec la ferme intention de faire son retour sur la scène politique péruvienne.
Au lieu de cela, son pays d'accueil a décidé de l'extrader en septembre dernier vers le Pérou, condamnant ainsi l'ancien professeur de mathématiques âgé aujourd'hui de 69 ans à répondre de ses actes.