M. Ahtisaari, qui a présidé des mois de négociations entre dirigeants serbes et représentants des albanophones, n'a pas fait de déclaration à la presse. Son adjoint Albert Rohan a qualifié ses entretiens avec les représentants du Groupe de contact de "très bons et positifs", sans donner plus de détails. Son plan va être maintenant examiné minutieusement par les six pays.
L'ancien président finlandais présentera son projet le 2 février aux albanophones et aux Serbes. Les premiers, qui constituent 90% de la population de la petite province du sud de la Serbie, réclament l'indépendance. Mais les seconds considèrent cette région comme le berceau historique de leur nation et veulent son maintien sous le drapeau serbe.
L'OTAN, qui maintient une force de maintien de la paix de 16.000 hommes au Kosovo, la KFOR, a apporté son plein soutien au plan. Les ministres des Affaires étrangères de l'Alliance atlantique, réunis à Bruxelles, "n'ont pas discuté des détails de la proposition, mais ont exprimé un soutien unanime à son contenu", a précisé James Appathurai, porte-parole de M. Athisaari.
Le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy a appelé les Serbes et les albanophones à s'entendre. Il a également prévenu qu'il serait nécessaire de maintenir à l'avenir la présence "civile et militaire" internationale au Kosovo.
Selon le vice-Premier ministre du Kosovo Lufti Haziri, le plan de l'ONU a été construit autour de deux grands axes, "le droit du Kosovo à son avenir et ses obligations" envers la minorité serbe. Des diplomates proches du dossier précisent que le document ne devrait pas mentionner le mot "indépendance", mais accorder des attributs de souveraineté, comme l'accès aux institutions internationales et des dispositions sur la création d'une force de sécurité.
"Nous espérons que les deux parties ne prendront pas de décisions précipitées et ne tireront pas de conclusions hâtives", a déclaré l'un d'eux sous le couvert de l'anonymat. Le Kosovo est administré par l'ONU depuis les bombardements menés par l'OTAN en 1999 pour mettre fin à la répression serbe contre les séparatistes.
M. Ahtisaari a précisé mercredi que son plan se concentrait sur la protection des droits de la minorité serbe et envisageait une forte présence internationale, soutenue par la KFOR.
Pendant un an, Albanais de souche et dirigeants serbes ont participé à des pourparlers sous parrainage international sur l'autonomie des Serbes dans leurs enclaves du Kosovo, la protection de leurs monuments religieux et culturels et l'octroi de garanties constitutionnelles en leur faveur.
En vertu du plan, un système de supervision internationale serait instauré après la définition du statut de la province: le plus haut représentant de l'Union européenne pourrait avoir un droit de veto sur les décisions de l'exécutif local et les lois ainsi que le pouvoir de limoger des responsables.
Selon Oliver Ivanovic, un dirigeant serbe modéré informé de certains éléments du plan, la ville ethniquement divisée de Kosovska Mitrovica, foyer de tension entre les deux communautés et théâtre de violences épisodiques, serait divisée administrativement entre le sud albanophone et le nord serbe, tout en gardant son statut de ville.
Le plan sur le Kosovo présenterait des similitudes avec les accords de paix de Dayton, qui ont mis fin à la guerre en Bosnie (1992-95) et institué un administrateur international pour superviser la gestion des affaires courantes.
Le Conseil de sécurité devra approuver le plan, qui pourrait subir des changements mineurs après avoir été examiné par les Serbes et les albanophones. Cette ultime étape fait craindre à certains une épreuve de force entre les Etats-Unis, favorable à l'indépendance du Kosovo, et la Russie, alliée fidèle de Belgrade.