Les autres sont invités à regagner leur caserne ou, dans la majorité des cas, renvoyés de l'armée et privés des avantages sociaux et médicaux réservés aux anciens combattants.
Avec 500.000 membres en service actif, l'US Army (armée de Terre) est de loin la plus grande composante de l'armée américaine; c'est aussi le plus gros fournisseur de soldats déployés en Irak, devant la Navy, l'Air Force et les Marines.
Regain de patriotisme? Après les attentats du 11 septembre 2001 et le début de l'intervention en Afghanistan, le nombre de désertions avait chuté dans l'armée de Terre (4.399 en 2001, 3.971 en 2002, 2.610 en 2003, année de l'invasion de l'Irak, 2.450 en 2004). Mais ensuite, tandis que le bilan des attentats anti-américains s'alourdissait quotidiennement en Irak, ce chiffre est reparti à la hausse (2.659 en 2005 et 3.301 en 2006). Parmi ces derniers, seuls 174 ont été traduits en cour martiale, soit 5 pour cent, d'après les documents qu'a obtenus l'Associated Press.
Il n'y a ni unité d'élite ni chasseurs de primes aux trousses des déserteurs. "Plutôt que de charger des sous-officiers expérimentés de rechercher un déserteur, les commandants préfèrent utiliser leur temps et leurs ressources à garantir que les soldats soient bien entraînés et formés aux missions qu'ils doivent accomplir dans des endroits comme l'Irak et l'Afghanistan", explique le commandant Anne Edgecombe, porte-parole de l'US Army.
C'est ce qu'a pu constater le sergent Ricky Clousing après avoir quitté sa base de Fort Bragg (Caroline du Nord) au milieu de la nuit en 2005. Ce soldat de la 82e division aéroportée qui ne voulait pas retourner en Irak avait laissé un mot. Il était persuadé qu'à son arrivée chez lui, dans l'Etat de Washington (nord-ouest), il serait accueilli par des policiers. Mais non. Et lorsque un an après, le para de 24 ans s'est rendu aux autorités militaires près de Seattle pour protester contre la guerre, on lui a donné un ticket de bus pour retourner à Fort Bragg. Il y a été jugé pour absence irrégulière et a écopé de trois mois de prison.
Un soldat qui déserte en temps de guerre s'expose à la peine capitale. Mais la dernière fois qu'une telle sentence a été exécutée remonte à la Seconde guerre mondiale.
Actuellement, lorsqu'un militaire manque à l'appel, il est noté en "absence irrégulière" pendant 30 jours, avant d'être privé de sa solde et considéré comme "déserteur". Son nom est alors inscrit dans une base de données du FBI. Si ensuite il commet un délit, ou demande un passeport, ou pose sa candidature à un emploi nécessitant une vérification de son casier, l'ordinateur révèle sa qualité de déserteur. Les autorités ayant effectué le contrôle contactent alors l'armée.
"Soit un déserteur se rend de son plein gré, soit il passe le reste de sa vie à se demander quand il sera découvert", résume le commandant Edgecombe. "Certaines personnes vivent dans la clandestinité pendant des années. Si on veut se cacher, on peut", observe le commandant Jay Delarosa, porte-parole des Marines. Même si, selon lui, c'est plus difficile à l'ère numérique.
En 2006, moins de 1 pour cent des membres de l'armée de Terre en service actif ont déserté, contre 3,4 pour cent au plus fort de la guerre du Vietnam en 1971.
"Le problème était plus important au moment du Vietnam parce qu'on avait la conscription", observe Scott Silliman, professeur de droit à l'université Duke, où il dirige le Centre sur le droit, l'éthique et la sécurité nationale. "Maintenant, un individu ne va pas entrer dans l'armée, à moins qu'il ne soit au départ enclin à la faire".