Selon les derniers résultats portant sur 99% des bulletins, la Plate-forme civique (PO) devance de près de dix points le PiS (Droit et justice) et pourrait former un gouvernement avec le Parti des paysans polonais (PSL), modéré.
Ce résultat sonne comme un franc désaveu pour la politique européenne revendicative et la purge anticommuniste conduite par les frères Kaczynski. Jaroslaw Kaczynski avait convoqué les élections avec deux ans d'avance dans l'espoir de consolider l'assise du PiS à la Diète, après l'effondrement de la fragile coalition qu'il formait avec le parti populiste Autodéfense (Samoobrona) et l'ultraconservatrice Ligue des familles polonaises (LPR). Les deux partis n'atteignent pas le seuil de 5% requis pour entrer à la chambre basse du Parlement.
L'ancien président polonais Lech Walesa, particulièrement critique à l'égard des jumeaux Kaczynski, a félicité ses compatriote pour leur choix. "Nous avons sauvé notre honneur", a-t-il déclaré sur la chaîne TVN24. "Le parti vainqueur, je pense, se concentrera sur des programmes visant à profiter au maximum des opportunités de l'Union européenne, et en même temps améliorera notre image."
D'après les résultats portant sur 99% des bulletins, la PO arrive en tête avec 41,4% des voix, soit 209 sièges, contre 32,2% pour le PiS, soit 166 sièges. Avec le PSL, son probable partenaire de gouvernement qui obtient 8,9% (31 sièges), la PO disposerait de la majorité absolue à la Diète, avec 240 sièges sur 460.
Un seul autre parti envoie des élus à la chambre: la coalition Gauche et Démocrates (LiD), alliance emmenée par l'ancien président Aleksander Kwasniewski, qui récolte 13,2% des suffrages, soit 53 sièges. C'est un autre partenaire possible de coalition pour la PO.
Donald Tusk a déclaré lundi que le Parlement se réunirait le 5 novembre et qu'"alors seulement, des discussions sérieuses sur l'avenir politique seront possibles".
La PO enregistre le plus haut score qu'un parti ait obtenu seul depuis la chute du régime communiste en 1989. La participation marque également un record dans l'ère post-communiste avec 53,8%.
Le président Lech Kaczynski doit maintenant demander à Donald Tusk, le leader de la PO, de former un gouvernement.
Donald Tusk avait centré sa campagne sur les bénéfices économiques à tirer de l'appartenance de la Pologne à l'Union européenne depuis 2004, et milité pour des baisses d'impôts, moins de bureaucratie et d'autres mesures libérales. Il espère créer un "miracle économique" en s'appuyant sur la croissance forte et ainsi tourner la page du chômage élevé et des bas salaires qui ont incité de nombreux Polonais à quitter le pays. Il veut aussi maintenir des liens étroits avec les Etats-Unis, même s'il souhaite un retrait rapide des 900 soldats polonais basés en Irak.
Les résultats des élections se traduisent aussi par la fin du tandem constitué par les jumeaux Kaczynski à la tête de la Pologne. Le président Lech Kaczynski conserve toutefois son poste, jusqu'au terme de son mandat en 2010, ainsi qu'un droit de veto sur les lois. L'instauration de cette "cohabitation" polonaise pourrait s'avérer source d'instabilité, même si le Parlement peut théoriquement passer en force avec une majorité des trois cinquièmes.
Jaroslaw Kaczynski, dont le parti aura été au pouvoir pendant deux ans, a pris acte de cette défaite mais a exclu de former une coalition avec le parti victorieux. Il a promis de mener une opposition résolue.
Le libéral Donald Tusk a été accueilli sous les confettis par ses partisans. "L'intention de la Plate-forme civique, c'est de faire en sorte que les Polonais se sentent mieux dans leur pays que jusqu'à maintenant", a-t-il lancé à ses militants, qui fêtaient leur victoire. "Nous allons faire un travail énorme et nous allons le faire bien", a-t-il promis.