Ces trois anniversaires sont également signalés par la sortie française de l'anthologie "Les Gens de mon pays", qui regroupe tous les textes enregistrés par Vigneault. Mercredi soir, une petite fête sera par ailleurs donnée en l'honneur du poète à la résidence du délégué général du Québec à Paris.
On aurait souhaité davantage: un concert hommage, un gala télévisé ou, simplement, un Olympia (de toute manière, "Bobino", où Vigneault avait fait ses débuts, est devenu un cabaret "sexy"). Vigneault a voulu faire les choses à sa manière, c'est-à-dire avec lenteur et modestie.
La liste des communes de quelques milliers d'habitants qu'il visite parle d'elle-même. Langan et Vannes (Bretagne), La Chapelle-des-Marais (Loire-Atlantique), Roche-La-Molière (Loire), Vauvert (Languedoc-Roussillon), Stavelot (Belgique): on est bien loin des lumières (et des paillettes) de la capitale.
"A Paris, vous rencontrez des gens qui vous connaissent. En province, vous rencontrez des gens nouveaux, qui vous remercient d'être venu les voir, raconte le poète en entrevue. A mes yeux, 500 spectateurs à Magog, à Chicoutimi ou à Vannes, ça vaut autant que 500 spectateurs à Paris."
Et puis, on trouve à Stavelot une abbaye dont les colonnes remontent au 7e siècle et aussi une ancienne pension de famille où vécut le poète Guillaume Apollinaire. Pour Vigneault, Stavelot vaut bien un tour de chant...
Une tournée en 1968
Gilles Vigneault a écrit sa première chanson, Jos Montferrand, en 1958, qu'il a chantée sur scène deux ans plus tard. Il s'est produit pour la première fois à Paris en 1966, au mythique théâtre Bobino. Mais sa carrière européenne débute vraiment en 1968, l'année de sa première tournée française, en première partie de Serge Reggiani, alors au sommet de sa forme et de sa gloire.
La première grande vague de chanteurs québécois déferle alors sur la France. C'est l'époque des retrouvailles. La presse, la radio et trois chaînes de télé d'Etat s'enthousiasment pour Vigneault, Pauline Julien, Robert Charlebois et Diane Dufresne.
"C'était tellement passager. La mode est passée. On venait de naître à la chanson. La chanson québécoise, qui a commencé avec Félix, n'a que 60 ans, à tout casser", rappelle Gilles Vigneault.
Félix Leclerc: la "première rencontre", la plus importante. C'est Leclerc qui a poussé Vigneault à chanter. En 40 ans de carrière française, le poète a connu bien d'autres monuments: Georges Brassens, "un peu", qui avait assisté à un de ses spectacles depuis les coulisses; ses amis Raymond Devos et Guy Béart, avec qui il a écrit une chanson, Charles Trenet aussi.
"Trenet était venu m'entendre à l'ORTF (l'ancêtre de France Télévision). A la fin, il s'était précipité sur moi pour que je lui rechante 'Tout le monde est malheureux'", se souvient Gilles Vigneault.
Sa route a aussi croisé celle de Léo Ferré, "Léo", rencontré pour la première fois autour d'une table, lors d'un dîner. "Celui-là, avait dit Ferré en parlant de Vigneault, il a oublié d'être con!"
Le compliment du vieil anarchiste tient toujours.