Pour plusieurs analystes, la stabilité de la Russie et sa richesse grandissante ont apporté à Moscou la confiance nécessaire pour faire face à l'Occident et tenter de réaffirmer son influence en tant que puissance mondiale. Certains mettent en garde contre cette assurance du Kremlin, qui témoignerait d'"ambitions impériales" renouvelées menaçant les voisins de la Russie.
Une chose est sûre: le monde est entré dans une nouvelle période d'accusation et d'acrimonie dans les relations Est-Ouest, avec l'apparition de nouvelles lignes de faille ressemblant à celles de la Guerre froide.
"Les Russes ne veulent pas d'un retour à la Guerre froide", assure cependant Andrew Kuchins, analyste au Centre des relations internationales et stratégiques de Washington. "Ils ne veulent pas porter leurs dépenses en matière de défense aux niveaux très élevés de la période soviétique. Mais sur les questions qui les intéressent, ils vont durcir leur jeu."
De fait, Vladimir Poutine dénonce une ingérence étrangère dans le projet américain de bouclier antimissile en République tchèque et en Pologne. Pour faire contre-poids, il s'est prononcé pour un moratoire sur l'application par Moscou du traité sur les Forces conventionnelles en Europe (FCE).
"Ces systèmes (antimissile) contrôleront le territoire russe jusqu'à l'Oural, si, bien sûr, nous ne réagissons pas, ce que nous ferons", a-t-il averti.
L'hôte du Kremlin s'en était déjà pris à Washington en février dans un discours à Munich, accusant les Etats-Unis d'avoir une politique étrangère "trop agressive".
Compte tenu de la popularité écrasante de Poutine en Russie, son successeur -qui doit être élu en mars 2008-devrait adopter lui aussi une posture combative.
Aux yeux de Dimitri Trenine, du Carnegie Moscow Center, la nouvelle assurance de Moscou est le résultat logique du traumatisme dont la Russie a souffert après l'effondrement de l'empire soviétique.
"Il y a trois modèles de collaboration russo-américaine, au moins du point de vue de Poutine", explique Trenine. "La période Gorbatchev peut être résumée comme une tentative de partenariat au travers de concessions. La période Eltsine, comme un partenariat à travers la soumission. Poutine veut un partenariat fondé sur la compétition."
De l'effondrement de l'URSS à la fin du premier mandat de Poutine, la Russie n'a pu guère faire plus que se plaindre, alors que l'OTAN s'est élargie à l'Europe de l'Est et aux pays baltes, et que l'influence occidentale grandissait dans d'ex-républiques soviétiques. Les choses ont changé après la réelection de Poutine en mars 2004.
"Cette fois, sous Poutine II, ils résistent ouvertement et fermement", souligne Trenine. La Russie n'a pas adopté les normes sociales et politiques de l'Europe.
Pour de nombreux analystes, la nouvelle attitude de Moscou provient en partie de la perception d'un affaiblissement de l'influence américaine dû à la guerre en Irak. Elle est aussi liée à la confiance grandissante que tire la Russie de son économie, qui a connu en moyenne 6,7% de croissance annuelle depuis la crise financière de 1998.
Dans un article paru dans la revue "Foreign Affairs", l'ex-Premier ministre ukrainien Ioulia Tymochenko dénonçait les "ambitions impériales" de Moscou. Pour elle, la Russie post-soviétique "consacre beaucoup de son énergie à rétablir son influence politique, si ce n'est un contrôle, sur son empire perdu".
Moscou a vu dans cet article une "tentative de tracer une nouvelle fois des lignes de division en Europe" pour replonger le monde dans "l'atmosphère de la Guerre froide".