Après des entretiens avec son homologue iranien Mahmoud Ahmadinejad à Téhéran, le président russe a expliqué que des révisions au contrat de construction de la centrale étaient nécessaires pour clarifier certains aspects juridiques et les obligations financières des deux parties.
"Je n'ai fait de promesses qu'à ma maman quand j'étais petit garçon", a répondu Poutine aux journalistes iraniens qui lui demandaient s'il pouvait promettre que la centrale construite par la Russie serait lancée avant la fin de son mandat en mai prochain. Mais "nous n'allons pas renoncer à nos obligations", a-t-il dit.
Une prudence qui montre la volonté de Poutine de maintenir de bonnes relations avec l'Iran, sans fâcher l'Occident: si le Kremlin tente de protéger Téhéran d'une troisième volée de sanctions onusiennes, auxquelles il reste hostile et réaffirme sans cesse, comme une fois encore à Téhéran, le droit de l'Iran au nucléaire civil, Téhéran se plaint que la Russie traîne des pieds sur ce projet de Bushehr, un contrat de 700.000 euros.
Poutine, qui devait aussi rencontrer en tête-à-tête le guide suprême de la Révolution, l'ayatollah Ali Khamenei, avait auparavant souligné qu'il ne négocierait pas à Téhéran pour le compte du groupe des Six (les cinq membres du Conseil de sécurité et l'Allemagne, NDLR) qui tente de résoudre la crise du nucléaire iranien.
Auparavant, Poutine et Ahmadinejad avaient lancé une mise en garde à peine voilée aux Etats-Unis, invités à réfréner leurs ambitions, énergétiques ou militaires, en Caspienne.
Faisant fi de supposés projets d'assassinats, Vladimir Poutine est arrivé à Téhéran mardi pour participer au sommet des Etats riverains de la Caspienne, Iran, Russie et anciennes républiques soviétiques du Kazakhstan, d'Azerbaïdjan et du Turkménistan. Ils se sont montrés unis contre toute ingérence extérieure mais n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le partage des substantielles ressources énergétiques de la région.
Dans leur déclaration finale, les Etats de la Caspienne préviennent que "sous aucune circonstance" ils ne laisseront d'autres nations utiliser leur territoire pour lancer une agression ou toute autre action militaire" contre un pays de la région. Aucun pays n'est cité, mais la référence aux Etats-Unis est claire, alors que depuis longtemps la rumeur veut que Washington souhaite utiliser l'Azerbaïdjan comme base d'une éventuelle action contre l'Iran.
"Les projets qui pourraient infliger de graves dommages environnementaux à la région ne peuvent être mis en oeuvre avant une discussion préalable avec l'ensemble des cinq pays de la Caspienne", a par ailleurs prévenu Vladimir Poutine. Ses propos sonnaient là encore comme un avertissement à Washington, en tête des efforts pour acheminer en Occident des hydrocarbures d'Asie centrale et de Caspienne en contournant la Russie.
"Tous les pays de la Caspienne sont d'accord sur la question principale: tous les aspects liés à cette mer doivent être réglés exclusivement par les pays riverains", a renchéri Mahmoud Ahmadinejad. "La mer Caspienne est une mer intérieure qui n'appartient qu'aux Etats caspiens et, de ce fait, eux seuls ont le droit d'y avoir des bâtiments et forces militaires."
Mais les pays de la Caspienne n'ont toujours pas pu se mettre d'accord sur le partage des richesses de cette mer, censée contenir les troisièmes plus grandes réserves énergétiques du monde. Depuis l'effondrement de l'Union soviétique en 1991, le statut juridique de la Caspienne est source de tensions et revendications conflictuelles des fonds marins et leurs hydrocarbures.
L'Iran, qui partageait les ressources caspiennes à égalité avec l'URSS insiste aujourd'hui pour que chaque nation côtière reçoive une égale part du fond marin. La Russie et les ex-républiques soviétiques d'Azerbaïdjan et du Kazakhstan veulent que la répartition se fasse en fonction de la longueur du littoral de chaque pays, ce qui donnerait à Téhéran la plus petite part.