Ségolène Royal a suggéré que ce débat ait lieu vendredi lors d'un forum de la presse quotidienne régionale.
Fort de ses 6,8 millions de voix et de ses 18,57 pour cent, François Bayrou a annoncé sa position pour le 6 mai lors d'une conférence de presse très attendue: "je ne donnerai pas de consigne de vote", a déclaré sans surprise l'arbitre du second tour, très courtisé depuis dimanche par les deux finalistes. Il a préféré laisser ses électeurs - et ses élus - "libres de leur choix" le 6 mai. Lui-même a refusé de dire pour qui il allait voter.
Celui qui a imposé une "force nouvelle" dans la vie politique française a annoncé la création d'un "Parti démocrate", qui "présentera des candidats à toutes les élections à venir", et d'abord aux élections législatives des 10 et 17 juin.
S'il a renvoyé dos à dos Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, qui vont tous les deux "aggraver les maux" de la France, selon lui, le candidat de l'UDF a réservé ses mots les plus durs au candidat de l'UMP.
François Bayrou a ainsi prédit que M. Sarkozy allait "concentrer les pouvoirs comme jamais ils ne l'ont été" de par "sa proximité avec les milieux d'affaires et les puissances médiatiques", et "son goût de l'intimidation et de la menace". Il a dénoncé "la manière de gouverner des Hauts-de-Seine", et les "pressions" dont les élus UDF sont l'objet depuis lundi de la part de l'UMP. "Il y a des ressemblances entre (Silvio) Berlusconi et Nicolas Sarkozy", a-t-il même lancé.
Quant à Ségolène Royal, si elle "paraît mieux intentionnée en matière de démocratie", son programme, "perpétuant l'illusion que c'est à l'Etat de s'occuper de tout (...) va exactement en sens contraire des orientations nécessaires", a-t-il estimé.
M. Bayrou a toutefois laissé la porte ouverte à une prise de position d'ici le second tour "si des évolutions se produisent".
"Pour clarifier le choix" de ses électeurs, le président de l'UDF a accepté la proposition de débat "ouvert" et "public" que lui a lancée lundi soir Ségolène Royal.
La candidate socialiste a immmédiatement proposé que ce débat ait lieu vendredi à Paris dans le cadre d'un forum de la presse quotidienne régionale. Ségolène Royal, qui a impérativement besoin des électeurs de François Bayrou pour battre Nicolas Sarkozy, a souhaité que ce débat permette un "éclaircissement sur un certain nombre de propositions" de son pacte présidentiel.
Côté socialiste, on se réjouissait des propos très durs tenus par M. Bayrou contre Nicolas Sarkozy. "Il a dit un certain nombre de choses assez claires", a noté Mme Royal. François Hollande a remarqué la "sévérité" des mots employés par le président de l'UDF envers le candidat UMP.
A l'UMP, on se refusait à tout commentaire. Interrogé dans la matinée lors de la visite d'un chantier de construction de logements à Paris, le candidat de l'UMP a réaffirmé son refus des "combinaisons d'état-major".
Dans le même temps, M. Sarkozy, qui a déjà rallié 11 parlementaires centristes, poursuit son offensive visant à priver François Bayrou du gros de ses forces. Il précise dans le quotidien Le Monde que "tout élu de l'UDF qui soutiendra sa candidature avant le 6 mai sera dans la majorité présidentielle et recevra l'investiture de cette majorité". L'UMP menace de représailles les députés sortants UDF qui ne rejoindraient pas le "pôle centriste" de l'éventuelle majorité présidentielle de Nicolas Sarkozy.
"François Bayrou fait tout ce qu'il peut en termes tactiques pour exister dans le débat entre les deux candidats", a observé le député UMP (et ancien UDF) Dominique Paillé.