Cette récompense lui a été remise au Centre culturel canadien, en marge du Salon du livre de Paris, qui prend fin mercredi soir. Créé en 2000, juste après la disparition de la romancière à Montréal, le prix est attribué à un premier roman en langue française écrit au Canada.
Originaire de Carcassonne, architecte de formation, devenue urbaniste à Montréal où elle vit depuis 25 ans, Anne-Rose Gorroz a signé un roman "extrêmement bien écrit et très abouti", a noté un des trois membres du jury, le journaliste et romancier québécois Louis-Bernard Robitaille.
Le sujet était pourtant éminemment risqué: "L'Homme ligoté" raconte, à travers le récit d'une femme, une relation amoureuse à caractère sado-maso, même si l'auteure - non sans raisons - réfute cette étiquette forcément réductrice.
"Je ne parle pas de tabous ou d'actes déviants, a expliqué la romancière mardi soir. C'est une relation amoureuse vue à travers le prisme d'une sexualité atypique. Je ne l'aborde pas sous l'angle de la perversion, mais comme le révélateur d'émotions, d'un manque d'identité, d'une impossibilité d'entrer en relation. L'homme impose à la femme des masques, des accoutrements, des objets qui sont autant de barrages entre elle et lui."
"C'est un sujet délicat, dit Louis-Bernard Robitaille. On peut aisément tomber dans la pornographie, ou alors passer complètement à côté. Avec une écriture sèche, précise et très serrée, Anne-Rose Gorroz parvient à aborder le sujet totalement - c'est vrai que c'est assez osé - sans verser ni dans le voyeurisme ni dans le sentimentalisme."
L'écrivain et éditeur français Philippe Garnier et la romancière québécoise Yolande Villemaire faisaient aussi partie du jury, qui a par ailleurs accordé une mention spéciale à un autre des cinq titres en lice cette année: "Le jardin sablier", de Michèle Plomer, édité par le Marchand de Feuilles.
C'est la première fois qu'un titre du Boréal remporte le prix Anne-Hébert. En 2006, le prix avait été remis à Nicolas Dickner pour son excellent "Nikolski", édité chez Alto puis repris en France chez Denoël. L'année dernière, il avait été décerné à Mélanie Vincelette pour "Crimes horticoles", publié chez Leméac et Robert Laffont.