Une analyse des données rendues publiques la semaine dernière par Statistique Canada démontre qu'entre 2001 et 2006, le Nouveau-Brunswick a enregistré la plus forte baisse de population francophone de toutes les provinces: elle a perdu 4000 résidants de langue maternelle française. Cela va dans le sens contraire de la tendance observée entre 1961 et 2001, quand la minorité linguistique de la province s'est accrue de 12,4 pour cent.
A 32,4 pour cent de la population totale, la communauté francophone représente maintenant, et pour la première fois, moins du tiers de la population néo-brunswickoise.
Et des facteurs mis en relief par les données du recensement 2006, rendues publiques la semaine dernière, risquent de hâter l'érosion du nombre des francophones de la province: le vieillissement plus rapide des francophones par rapport aux membres de la majorité anglophone, l'usage légèrement accru de l'anglais à la maison, l'émigration disproportionnée des francophones par rapport à leur part de la population entre 2001 et 2006, et l'arrivée d'un nombre modeste mais croissant d'immigrants venant se joindre aux rangs de la majorité parlant anglais.
Cela préoccupe vivement Rodrigue Landry, le directeur de l'Institut canadien de recherche sur les minorités linguistiques, à l'Université de Moncton. M. Landry fait des recherches sur le sujet depuis 30 ans.
Néanmoins, le français demeure en très bonne santé au Nouveau-Brunswick, d'après lui, et il y a "beaucoup de résistance à l'assimilation".
Selon M. Landry, plus de francophones doivent réaliser qu'ils ont le droit de faire éduquer leurs enfants en français, si un des parents est de langue maternelle française ou a été éduqué en français.
L'affaiblissement de la présence francophone au Nouveau-Brunswick n'est "pas inévitable", dit-il, mais pour renverser la tendance, il faudra, selon lui, une offensive concertée impliquant une immigration francophone, la croissance économique dans les régions à majorité francophone, et une campagne de sensibilisation à la scolarisation en français.