En 1997, le vice-président américain de l'époque, qui n'était autre qu'Al Gore, prix Nobel de la Paix cette année avec le groupe d'experts internationaux du GIEC pour son engagement dans la lutte contre les changements climatiques, était écologiste. Mais au Congrès, la majorité républicaine se montrait sceptique sur la réalité de la menace.
"Pour les Etats-Unis, la situation était fondamentalement différente", se souvient David Doniger, qui avait participé aux négociations pour la délégation américaine en 1997. "L'administration (Clinton) était en avance sur le Congrès, en avance sur la communauté économique", ajoute-t-il. "La communauté écologiste était inquiète, mais elle n'avait pas encore répandu le message."
Le protocole de Kyoto contraint 36 pays industrialisés à réduire d'ici 2012 leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de 5% en moyenne par rapport aux niveaux de 1990. L'Australie a annoncé la semaine dernière son intention de ratifier le traité. Les Etats-Unis vont ainsi devenir la seule grande puissance économique à s'y refuser.
Lors de la conférence des Nations unies sur le changement climatique organisée à Bali, les participants ont oscillé mardi entre la célébration de ce dixième anniversaire, avec un immense gâteau, et les regrets concernant le refus de Washington ainsi que les difficultés rencontrées par de nombreux pays pour respecter les objectifs fixés.
La réalité du contexte politique américain pèse sur les discussions en Indonésie, où de nombreux participants plaident pour le report des négociations sérieuses sur des objectifs contraignants à l'après-élection présidentielle, prévue pour novembre 2008. Ils espèrent que le scrutin portera à la Maison Blanche une administration prête à de véritables engagements pour réduire les émissions.
Mais depuis dix ans, la situation a évolué. Dans les années 1990, les regards se portaient sur les Etats-Unis, l'Europe et le Japon. Mais aujourd'hui, certains experts estiment que la Chine est désormais le premier pollueur de la planète et l'Inde suscite des préoccupations grandissantes. Ces circonstances devraient peser sur les négociations d'un nouveau traité, censé entré en vigueur en 2012.
Tout en répétant que les pays riches doivent être à l'avant-poste de la lutte contre les changements climatiques, la Chine semble prête à prendre des mesures pour contrôler, à défaut de réduire, la pollution. "Elle se rend compte qu'elle a un rôle important à jouer et qu'elle a un intérêt à être à la pointe" sur ces sujets, note Alden Meyer, spécialiste des politiques climatologiques.
Depuis dix ans, les avancées scientifiques, résumées dans les rapports du Groupe d'experts sur l'évolution du climat (GIEC), ont apaisé le débat sur la réalité du réchauffement de la planète. Les scientifiques plaident désormais pour que les pays cherchent des moyens de limiter les émissions de gaz à effet de serre et de s'adapter aux changements climatiques, comme la montée du niveau des eaux.
"Le monde entier reconnaît qu'il y a un problème", observe Frank Raes, climatologue auprès de la Commission européenne. "Nous entrons maintenant dans la prochaine phase, celle où nous devons agir, c'est-à-dire mettre en oeuvre le protocole de Kyoto."