C'est là une des priorités clairement identifiées dans la volumineuse politique de condition féminine, depuis longtemps attendue, qui sera rendue publique ce dimanche, à Montréal, par la ministre responsable, Carole Théberge, et dont la Presse Canadienne a obtenu copie.
La nouvelle politique porte un regard très actuel sur la condition féminine en ce début de 21e siècle, dans un Québec aux prises avec de nouvelles réalités: cybercriminalité, traite des femmes, immigrantes ayant subi des mutilations génitales, conciliation travail-famille, etc.
Si elle dresse un constat fouillé et implacable des problèmes vécus spécifiquement par les femmes en 2006, cette politique intitulée "Pour que l'égalité de droit devienne une égalité de fait", demeure cependant souvent vague sur les moyens concrets qui seront entrepris pour y remédier.
Chose certaine, les femmes ne videront pas le trésor public: Québec allongera une vingtaine de millions de dollars pour mener à bien ses engagements, entre 2007 et 2010.
Bien de son temps, la nouvelle politique laisse tomber le traditionnel concept de "condition féminine" pour lui substituer celui d'"égalité entre les hommes et les femmes".
La nuance est importante car, fait nouveau, les engagements pris s'adressent souvent autant aux hommes qu'aux femmes.
Ainsi, lorsqu'il est question de violence faite aux femmes, Québec considère désormais que "les actions à privilégier doivent s'adresser aux victimes comme aux agresseurs". On se dit même prêts à "mieux répondre aux besoins d'aide ou d'encadrement des conjoints violents et des agresseurs sexuels".
D'ailleurs, le chapitre sur la violence est sans doute celui où le gouvernement affiche le plus clairement ses couleurs quant à ses intentions et aux principes sur lesquels va s'appuyer son action.
Québec reconnaît d'emblée que "certaines formes de violence progressent au Québec".
En réaction à ces dérapages (cybercriminalité, prostitution, pornographie, mutilations génitales, traite des femmes immigrantes, tourisme sexuel, etc.), le gouvernement affirme qu'il est "impératif de continuer de marquer clairement la réprobation sociale, en particulier celle des pouvoirs publics, envers ces pratiques, en signifiant qu'elles sont contraires aux valeurs de la société québécoise".
On veut par ailleurs étudier les cas de médiation dans les cas de violence conjugale, un objectif controversé.
La ministre s'engagera aussi à mener des campagnes de sensibilisation et de prévention de la violence.
La nouvelle politique - qui remplace celle adoptée en 1993 - s'étend sur une centaine de pages, et est accompagnée d'un plan d'action où figurent une soixantaine d'engagements.
L'action gouvernementale en matière d'égalité sera concentrée autour de six grandes orientations: la promotion de comportements égalitaires, l'égalité économique, la conciliation travail-famille, la santé adaptée aux besoins spécifiques des femmes, le respect de l'intégrité (par la lutte à la violence conjugale et aux agressions sexuelles, notamment) et une plus grande participation aux instances décisionnelles et aux lieux de pouvoir.
Conformément aux voeu exprimé par les groupes de femmes - après avoir jonglé avec la possibilité, en début de mandat, d'abolir le Conseil du statut de la femme - Québec maintient en place les structures gouvernementales existantes: le ministère de la Famille, des Aînés et de la condition féminine, le Secrétariat à la condition féminine et le Conseil du statut de la femme, désormais dirigé par l'ex-directrice de cabinet de la ministre Théberge, Christiane Pelchat.
Mettant le cap sur la reddition de comptes, la ministre s'engagera à faire le point dans trois ans devant l'Assemblée nationale pour évaluer quels progrès ont été accomplis depuis l'adoption de la politique.