Les premiers ministres britannique Tony Blair et irlandais Bertie Ahern ont appelé le Parti unioniste démocratique (DUP) du protestant Ian Paisley, 80 ans, et le Sinn Féin du nationaliste catholique Gerry Adams, 58 ans, à coopérer immédiatement.
"Après tant d'années de frustration et de déception, (les électeurs) veulent que l'Irlande du Nord bâtisse un meilleur avenir commun grâce aux institutions décentralisées", ont-ils déclaré dans un communiqué conjoint. "Le rétablissement des institutions (nord-irlandaises) représente une occasion historique. Elle ne doit pas être manquée." On peut penser que Tony Blair, qui doit quitter le 10, Downing Street d'ici septembre, aimerait aussi pouvoir inscrire à son bilan la fin de la crise nord-irlandaise.
Sur les 108 sièges de l'Assemblée provinciale, le DUP en remporte 36 (30,1% des voix), le Sinn Féin 27 (26,2%), le Parti unioniste d'Ulster (UUP, protestant modéré) 18, et le Parti social-démocrate travailliste (SDLP, catholique modéré) 16 sièges. Le DUP en a gagné 6 par rapport aux élections de 2003, et le Sinn Féin 3, au détriment de l'UUP et du SDLP, à la tête du précédent gouvernement mixte de 19999 à 2002 jusqu'à ce qu'il s'effondre il y a quatre ans et demi.
Les radicaux protestants et catholiques doivent désormais surmonter leurs querelles du passé pour former d'ici au 26 mars un exécutif biconfessionnel de 12 membres, en vertu de l'accord de paix du Vendredi Saint d'avril 1998. La répartition des sièges permet au DUP de revendiquer cinq portefeuilles, dont celui de Premier ministre pour Ian Paisley, au Sinn Féin d'en réclamer quatre, dont celui de vice-Premier ministre; deux reviennent à l'UUP et un au SDLP.
Si les frères ennemis parviennent à un accord la semaine prochaine, le contrôle de services gouvernementaux en Irlande du Nord sera transféré à Belfast. Sinon, le Premier ministre britannique devrait dissoudre l'Assemblée et renoncer à un partage du pouvoir pour la province. Les négociations ont commencé dès vendredi, le secrétaire britannique à l'Irlande du Nord Peter Hain, rencontrant séparément des délégations.
Mais les dirigeants du DUP contestent la date-butoir du 26 de ce mois, estimant que l'on fait pression pour qu'ils acceptent le Sinn Féin alors qu'ils le considèrent toujours comme la vitrine des groupes paramilitaires et principalement de l'Armée républicaine irlandaise (IRA). "Y a-t-il quelqu'un pour suggérer sérieusement que le 27 mars, ce sera fini pour l'Irlande du Nord?", a lancé le député DUP Jeffrey Donaldson. "Le Sinn Féin doit dire clairement qu'il est du côté de la police et de la loi."