Le rapport du Royal United Services Institute (RUSI), un groupe de réflexion sur les questions relatives à la Défense, estime que la Grande-Bretagne se trompe en croyant promouvoir l'humanisme et le multiculturalisme via le développement de ces communautés isolées.
"L'une des raisons pour lesquelles les Etats-Unis ne sont pas confrontés à un terrorisme de l'intérieur, c'est qu'ils sont le plus grand creuset ethnique et culturel du monde, où les immigrés sont américains, honorent le drapeau et respectent la constitution autant que la loi", a expliqué à l'Associated Press Gwyn Prins, l'un des auteurs de ce rapport.
"Le Royaume-Uni devrait avoir suffisamment confiance en lui pour faire la même chose, mais ce n'est pas le cas", a déploré ce spécialiste de la sécurité internationale à la London School of Economics. "Nous n'insistons pas assez sur l'apprentissage de l'anglais de sorte qu'ils s'intègrent pleinement et correctement dans notre société pour former un tout. Au lieu de cela, nous avons ces sociétés-ghettos où les extrémistes islamistes ont toute latitude pour inventer un discours de ressentiment et recruter."
La société britannique doit respecter et permettre les croyances de tous les immigrés dans le cadre de la loi, mais elle ne devrait pas les autoriser à vivre dans des communautés isolées où ils sont davantage connectés avec leur pays d'origine qu'avec la Grande-Bretagne, a estimé Prins.
La tradition multiculturelle historique de la Grande-Bretagne l'a conduite à toujours laisser carte blanche aux groupes d'immigrés. Les musulmans ont ainsi pu écouter des sermons enflammés dans les mosquées, manifester dans la rue, lever des fonds et porter le voile pour les femmes. Mais depuis le 11 septembre 2001, le gouvernement a commencé à imposer des restrictions.
La Grande-Bretagne, où vivent 1,6 millions de musulmans, a subi une série d'attentats terroristes, dont certains impliquaient des immigrés musulmans.
Le 7 juillet 2005, quatre kamikazes -dont trois musulmans nés en Grande-Bretagne-ont tué 52 personnes à Londres.
Deux semaines plus tard, quatre poseurs de bombes affiliés à Al-Qaïda ont échoué à commettre de semblables attaques dans le métro londonien. Ces terroristes étaient arrivés jeunes en Grande-Bretagne en provenance de pays situés dans la Corne de l'Afrique. Certains étaient citoyens britanniques, d'autres avaient le statut de réfugié.
L'année dernière, un ingénieur indien a précipité une jeep remplie de bouteilles de gaz contre un terminal de l'aéroport de Glasgow en Ecosse. Il a succombé à ses blessures. Un médecin irakien, un médecin jordanien et un médecin indien ont été inculpés de conspiration en vue de commettre un attentat.
Le Premier ministre Gordon Brown a mis en doute les conclusions du rapport.
"La protection et la sécurité de nos concitoyens est la priorité absolue du gouvernement et le gouvernement réfute toute insinuation selon laquelle la Grande-Bretagne serait clémente envers les terroristes", a déclaré le gouvernement dans un communiqué.
Le rapport du RUSI estime que toute une série de risques en matière de sécurité, en Grande-Bretagne comme à l'extérieur, placent le pays dans une situation "confuse et vulnérable".
Le document épingle le manque d'outils d'analyse cohérents et exhaustifs du gouvernement sur les risques sécuritaires qui planent sur le pays et sur ce qui devrait être fait pour les réduire.
Le rapport presse le gouvernement britannique de replacer la Défense et la sécurité en tête de ses priorités et demande la création de deux nouveaux comités gouvernementaux qui seraient composés des ministres les plus importants, de législateurs et de responsables de la Défense. Ces comités seraient chargés de coordonner les politiques sécuritaires du pays.