Hu Jintao ne devrait toutefois pas quitter son poste avant 2012, au plus tôt. Mais à l'occasion de ce congrès, la direction du parti va sélectionner un petit groupe au sein duquel le prochain leader est presque sûr d'être choisi. Li Keqiang, 52 ans, a de fortes chances d'en faire partie.
A moins d'un an des Jeux Olympiques de Pékin, la montée en puissance de Li Keqiang est un signe de la direction qu'est en train de prendre la Chine. Comme Hu Jintao, Li Keqiang appartient à une nouvelle génération de dirigeants chinois qui sont pragmatiques, dotés d'un bagage solide sur le plan économique, ce qui contraste avec les ingénieurs et les militaires qui les ont précédés.
La structure de leur direction est plus collégiale, elle se concentre sur l'économie et non plus sur le système politique communiste dont ils sont les héritiers. Leur position sur la réforme politique et la démocratie n'est pas claire. Ils ne s'expriment jamais clairement sur ces questions.
"La Chine est à un tournant et Li est le genre de personne qui a l'ambition d'atteindre de nouveaux objectifs", observe Wang Juntao, un dissident qui était un camarade de classe de Li à l'université de Pékin.
Le congrès du parti est marqué par de longs discours et des réunions savamment orchestrées au cours desquelles les 2.017 délégués clament leur accord avec la ligne du parti. Le moment le plus intense a lieu le dernier jour: un petit groupe choisi par les dirigeants du parti se rendra sur la scène, dans un ordre précis, révélant la composition de l'équipe dirigeante pour les cinq prochaines années.
L'ascension de Li n'est toutefois pas assurée. Hu Jintao doit persuader d'autres dirigeants qu'il mérite une promotion au sein de l'équipe dirigeante constituée de neuf membres. S'il échoue, Li n'aura pratiquement aucune chance de lui succéder.
Et Li a des rivaux, dont le patron du parti à Shanghaï, Xi Jinping, qui brigue aussi un siège dans l'équipe dirigeante. Fils d'un des dirigeants de la révolution chinoise, Xi, 54 ans, a reçu en grande pompe Hu Jintao lors d'une visite qu'il a effectuée à Shanghaï le 1er octobre, jour de la fête nationale en Chine.
Xi a dirigé deux des plus grandes provinces côtières de la Chine avant d'être nommé au printemps dernier à la tête de Shanghaï, la plus grande et plus riche ville du pays. Il est très apprécié des dirigeants et des investisseurs étrangers.
Contrairement à Xi, Li est né dans une famille de paysans dans la province pauvre d'Anhui et a obtenu son premier poste à responsabilité en tant que secrétaire du parti de sa commune.
Comme d'autres, au sein de la cinquième génération de dirigeants communistes, il a atteint sa majorité pendant la Révolution culturelle lancée en 1966, période particulièrement radicale et violente du règne de Mao Tsé-Toung. Les Chinois de sa génération ont commencé leurs carrières dans la période relativement libérale qui a suivi la mort de Mao, en 1976.
Dans son ascension au sein du parti, Li a acquis la réputation d'éviter les erreurs. Il a étudié l'anglais et a un contact très facile avec les hommes d'affaires étrangers, des qualités de plus en plus importantes pour un dirigeant chinois aujourd'hui.
"Li a certainement une bonne chance de devenir le successeur de Hu, mais il doit être testé dans les cinq années qui viennent", estime Cheng Li, expert en politique chinoise à l'Institut Brookings de Washington. "Il peut se passer beaucoup de choses".