"Nous avons un système de valeurs qui permet de distinguer des gens pour leur contribution à la littérature même quand ils ne partagent pas notre point de vue", a répondu M. Reid à une question qui lui a été posée après un discours adressé à des hommes d'affaires américains réunis à New York. Salman Rushdie a été accusé de blasphème par le chef suprême de l'Iran pour son livre "Les versets sataniques".
"Nous avons le droit d'exprimer des opinions et une tolérance pour des points de vue différents, et nous ne nous en excusons pas", a insisté John Reid.
Ces propos interviennent au lendemain de prostestations au Pakistan au cours desquelles des manifestants ont brûlé des représentations de Salman Rushdie et de la reine d'Angleterre Elisabeth II. Un ministre pakistanais a même affirmé que la distinction accordée à l'écrivain controversé pourrait justifier des attentats-suicides.
Le ministre irakien des Affaires étrangères Hoshyar Zebari en visite à Londres a déclaré mercredi qu'il respectait le droit de la Grande-Bretagne à décider qui elle veut honorer. Mais il a observé que cette décision pourrait provoquer des troubles.
"L'Irak est un pays musulman", a-t-il dit. "Avec tout le respect que je dois au titre de Chevalier, je pense que c'était inopportun".
La Grande-Bretagne a annoncé samedi son intention d'élever Salman Rushdie au rang de Chevalier, de même que la journaliste de CNN Christiane Amanpour et plusieurs autres personnes, dont un agent double du KGB.
L'ancien guide spirituel de l'Iran, l'Ayatollah Ruhollah Khomeini, a édicté une fatwa -avis juridique religieux-en 1989 ordonnant aux musulmans d'assassiner l'écrivain sous prétexte que son livre "Les versets sataniques" insultait selon lui l'islam. Cette menace avait contraint M. Rushdie à vivre caché pendant toute une décennie.