Le premier président élu de la Russie post-soviétique, mort lundi à l'âge de 76 ans, repose désormais dans le prestigieux cimetière Novodevichy de Moscou, aux côtés de grands noms de la culture russe, comme le dramaturge Anton Tchekhov ou le compositeur Sergueï Prokofiev.
Avant les funérailles, plus de 20.000 personnes étaient venues se recueillir devant le cercueil de l'ancien chef d'Etat, recouvert du drapeau national, exposé depuis mardi après-midi dans la flamboyante cathédrale du Christ-Sauveur, symbole de la puissance retrouvée de l'Eglise orthodoxe après des décennies d'athéisme officiel sous le régime communiste.
L'imposant édifice sur les rives de la Moscova, non loin du Kremlin, est la réplique de la cathédrale originale, dynamitée par les autorités soviétiques en 1931, quelques mois seulement après la naissance de Boris Eltsine.
La cérémonie des obsèques, qui a duré 85 minutes, a été retransmise en direct à la télévision russe. "Toute l'histoire agitée du XXe siècle se reflète dans Boris Nicolaïevitch", a rappelé le patriarche orthodoxe de Russie Alexis II, absent pour raison de santé, dans une lettre lue par le métropolite Iouvenali qui a célébré la cérémonie. "Etant un individu fort, il a pris en charge le destin du pays à un moment difficile et dangereux de changement radical".
Après la cérémonie, le cercueil de Boris Eltsine a quitté la cathédrale dans un corbillard noir. Pour gagner le cimetière Novodevichy, il a traversé une rue jonchée d'oeillets rouges sur un affût de canon militaire, encadré par une garde d'honneur marchant au pas et suivi par le cortège funèbre. La veuve de Boris Eltsine, Naïna, et ses deux filles, se sont recueillies une dernière fois avant la mise en terre. L'hymne russe a retenti et des coups de canon ont été tirés.
"Un jour l'Histoire offrira au défunt un jugement impartial", avait souligné dans son message Alexis II, évoquant le bilan controversé des années de pouvoir de Boris Eltsine, de 1991 à 1999, marquées par l'introduction de l'économie de marché et de la démocratie, mais aussi la crise économique et la corruption.
Ses funérailles ont réuni son successeur, Vladimir Poutine, à qui il avait laissé l'intérim le 31 décembre 1999 en annonçant sa démission, et son prédécesseur, Mikhaïl Gorbatchev, dernier président de l'URSS qu'il avait défendu contre le putsch d'août 1991 avant de prendre lui-même le pouvoir. Gorbatchev lui avait rendu lundi un hommage mitigé, rappelant ses "grandes actions pour le pays et de graves erreurs".
Boris Eltsine a "sincèrement essayé de tout faire pour améliorer la vie de millions de Russes", a déclaré pour sa part Vladimir Poutine lors d'une réception au Kremlin après les funérailles. "Nous avancerons vers ces objectifs", a-t-il promis.
Mais dans la foule des Russes, souvent âgés, venus dire adieu à l'ancien président, s'exprimait aussi l'inquiétude face aux tendances autoritaires de son successeur. "Je suis venue rendre hommage à Boris Nicolaïevitch pour tout ce qu'il nous a donné: la liberté et la chance de nous réaliser", expliquait Svetlana Zamichlaïeva, 73 ans. Mais aujourd'hui, sous le régime de Poutine, expliquait-elle, "il y a un certain recul de la liberté de la presse, sur la régularité des élections, et sur toutes sortes de libertés".
Les députés communistes de leur côté ont marqué leur ressentiment vis-à-vis du fossoyeur de l'URSS, en refusant de se lever pour une minute de silence à la mémoire de Boris Eltsine mercredi matin à l'ouverture de la séance à la Douma, la chambre basse du Parlement. "Nous ne rendrons jamais d'honneurs à celui qui a détruit la patrie", a déclaré le député Viktor Ilioukine, cité par l'agence de presse RIA-Novosti.