Cette décision illustre les tensions actuelles entre Téhéran et Moscou, jusqu'ici proche du régime iranien sur le dossier nucléaire, et pourrait conduire à de nouvelles sanctions des Nations unies plus sévères contre l'Iran pour son refus de suspendre son programme d'enrichissement d'uranium.
Selon un diplomate européen accrédité à l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), basée à Vienne, et un responsable américain s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, un nombre important de techniciens, ingénieurs et experts russes sont rentrés à Moscou la semaine dernière, alors que Russes et Iraniens échouaient à régler des différends financiers portant sur le réacteur de Bushehr.
Sergueï Novikov, porte-parole de Rosatom, l'agence fédérale nucléaire russe, a confirmé que le nombre de scientifiques russes présents à Bushehr avait considérablement diminué récemment. Il a justifié cette diminution par des retards de paiements iraniens, mais a refusé de dire combien de Russes étaient restés en Iran.
Le réacteur de Bushehr (sud de l'Iran) est achevé à 95%, mais Moscou a annoncé récemment que le reste des travaux était reporté car Téhéran ne s'était pas acquitté de ses règlements mensuels depuis janvier. Ces retards ont également conduit le gouvernement russe de suspendre ses livraisons d'uranium enrichi, retardant sine die le lancement de la première centrale nucléaire iranienne, capable de produire à la fois du carburant nucléaire et la matière fissile utilisée pour fabriquer des ogives nucléaires. Le défaut de paiement iranien allégué pourrait causer des dommages "irréversibles" au projet, a prévenu Moscou.
Si la Russie avance des motifs financiers pour justifier le retard de plusieurs mois de la livraison de combustible nucléaire, une autre source diplomatique européenne y voyait plutôt une manoeuvre politique liée au programme nucléaire iranien. Moscou aurait même envisagé lors des négociations sur la résolution 1737 du Conseil de sécurité des Nations unies, fin 2006, d'introduire dans le texte un motif de non livraison. Les services de renseignement internationaux s'accorderaient à estimer que l'Iran ne devrait pas posséder l'arme nucléaire, s'il tente de la fabriquer, avant 2011 ou 2012.
La télévision d'Etat iranienne n'a d'ailleurs pas mâché ses mots mardi. "Le double langage des responsables russes sur le nucléaire iranien montre que les Russes ne sont pas des partenaires fiables dans le domaine de la coopération nucléaire", a-t-elle estimé. "Il est clair que la Russie a cessé la construction de ce site sous la pression et pour des raisons politiques." Vitali Tchourkine, émissaire en chef de Moscou au Conseil de sécurité, a assuré qu'"il n'y a eu aucun ultimatum d'aucune sorte de la Russie à l'Iran". "Nous ne lions pas nos discussions sur les résolution du Conseil de sécurité et ce qui concerne" Bushehr, a-t-il affirmé.
Le Conseil discute d'une nouvelle résolution sur le nucléaire iranien. Elle pourrait être adoptée dès mercredi et prévoirait, selon la source diplomatique européenne citée plus haut, un allongement de la liste des entités et individus soumis à des sanctions, l'interdiction pour l'Iran d'exporter et de transférer des armes, et un appel à la vigilance et la retenue des pays en ce qui concerne la vente d'armes lourdes à l'Iran ainsi que le soutien financier aux transactions, y compris civiles. Téhéran disposerait d'un délai de 60 jours pour suspendre l'enrichissement d'uranium à but potentiellement militaire, après quoi une troisième résolution aggravant encore les sanctions pourrait être discutée.
Le temps est un facteur important car la situation politique iranienne semble évoluer, le président radical Mahmoud Ahmadinejad étant de plus en plus contesté par la population et les autres dirigeants du pays.