Des 228 annonces faites par Développement économique Canada (DEC) pour aider les régions l'an dernier, près de 20 pour cent visaient ce coin de pays qui compte pourtant moins de 4 pour cent des habitants de la province, révèlent des documents obtenus en vertu de la Loi sur l'accès à l'information.
Dans sa première année au cabinet fédéral, Jean-Pierre Blackburn a participé à 75 annonces de DEC, dont 28 dans sa région. Il a prononcé 147 allocutions, dont 33 devant ses électeurs ou leurs voisins.
Aucune autre partie de la province n'a été aussi gâtée par le ministre. A titre d'exemple, M. Blackburn n'a fait que huit annonces en Gaspésie, six à Québec, cinq en Estrie et trois sur l'île de Montréal.
Les autres activités de DEC dans ces régions ont été animées par des fonctionnaires ou par d'autres parlementaires tels que le sénateur Michael Fortier (région de Montréal), le député Christian Paradis et le ministre des Transports Lawrence Cannon.
Un rapport produit pour le ministre et dont La Presse Canadienne a obtenu copie indique que le nombre de demandes d'aide financière déposées au bureau saguenéen de DEC a doublé en 2006-07 pour atteindre 200. D'après DEC, près des deux tiers de ces requêtes sont acceptées.
La valeur totale des annonces faites par l'agence au Saguenay n'a pas été compilée, mais leur nombre suffit à faire bondir l'opposition.
Le libéral Pablo Rodriguez y voit de l'électoralisme crasse. "Il y a définitivement utilisation d'annonces gouvernementales à des fins partisanes et ça c'est totalement inacceptable", estime le député d'Honoré-Mercier, dans l'Est de Montréal.
"Les subventions de Développement économique Canada ne sont pas là pour annoncer sa réélection à lui, mais pour aider nos entreprises, nos travailleurs et leurs familles."
Son collègue du Nouveau Parti démocratique (NPD) Pat Martin trouve pour sa part qu'il s'agit d'un exemple de politique "à l'ancienne" qui consiste à "inonder votre circonscription et d'affamer les autres régions".
"Les provinces de l'Atlantique et le Québec ont longtemps été le théâtre de tels abus", a rappelé le député de Winnipeg Centre, qui est porte-parole de son parti en matière d'éthique.
Durant la session parlementaire, les activités auxquelles a participé Jean-Pierre Blackburn avaient généralement lieu le vendredi après-midi et/ou le lundi matin. Cela lui permettait de passer le week-end chez lui à Jonquière en facturant le transport à l'agence dont il est responsable.
La Presse Canadienne a révélé cette semaine qu'il avait dépensé 68 000 $ en six mois pour 14 vols nolisés, dont la moitié entre Ottawa et sa circonscription. Tous ces vols ont été payés par DEC qui les énumère dans la liste des contrats octroyés à ses fournisseurs.
Pour Pablo Rodriguez, tout était organisé pour faciliter les déplacements du ministre, au détriment des contribuables.
"Je peux comprendre que de temps en temps il ait des annonces dans son comté, mais pas de manière aussi régulière. Il est en train de créer Air Blackburn", a-t-il fait valoir au cours d'un entretien téléphonique.
Cette façon de faire est aussi "inacceptable" pour le NPD, dont les efforts ont permis d'obtenir des détails sur les vols nolisés du ministre.
"C'est un retour aux excès des années Mulroney et ça démontre un flagrant manque de respect pour l'argent des contribuables", a-t-il insisté.
Jean-Pierre Blackburn était au parlement lundi, mais il n'a pas fait de commentaires en Chambre sur ses dépenses de voyage des derniers mois.
Dans un courriel transmis en fin de journée, son attaché de presse Jean-Philippe Payment a répété que le ministre avait toujours respecté rigoureusement les règles.
"Il est fier de contribuer au développement économique de toutes les régions du Québec et il va continuer de faire des annonces dans son comté et partout au Québec, même dans les villages les plus éloignés", a-t-il insisté.
Le ministre n'a pas fait de commentaires sur ses frais de déplacement ou sur l'horaire de ses vols nolisés.
"Tous les Québécois, peu importe où ils habitent, méritent d'avoir l'attention du gouvernement", peut-on lire dans la déclaration.