Cette première passation des pouvoirs entre deux présidents de droite depuis le début de la Ve République s'est déroulée entre une atmosphère de cordialité entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, loin de leurs affrontements du passé.
Arrivé avec trois minutes d'avance au Palais de l'Elysée, Nicolas Sarkozy a été accueilli par son prédécesseur sur le perron, conformément à la tradition républicaine. Après l'entretien de passation des pouvoirs, il l'a raccompagné jusqu'à sa voiture et a applaudi en signe d'hommage au moment où Jacques Chirac a quitté l'Elysée, mettant un point final à ses 12 années de présidence et à 40 années de carrière politique.
Le nouveau président a ensuite été investi dans la salle des fêtes de l'Elysée, lors d'une cérémonie à la fois grave et détendue en présence de 500 invités, dont son épouse Cécilia. Nicolas Sarkozy a donné le ton de son quinquennat dans son premier discours de président. Il a certes rendu hommage à ces cinq prédécesseurs, dont Jacques Chirac, "qui a pendant 12 ans oeuvré pour la paix et fait rayonner dans le monde les valeurs universelles de la France".
Mais l'homme de la "rupture" a surtout pensé au "mandat" que le "peuple français (lui) a confié" et "à cette exigence si forte qu'il porte en lui". "Je n'ai pas le droit de décevoir", a dit le nouveau chef de l'Etat.
Reprenant les principaux thèmes de sa campagne, le nouveau président a insisté sur les exigences de "respecter la parole donnée", "de réhabiliter les valeurs du travail, de l'effort, du mérite, du respect", "de sécurité et de protection", "d'ordre et d'autorité". Nicolas Sarkozy a aussi rappelé les "exigences de résultat" de "justice", et "de rompre avec les comportements du passé".
"Le peuple m'a confié un mandat (...) Je le remplirai scrupuleusement", a-t-il promis.
Nicolas Sarkozy s'est engagé à "défendre l'indépendance et l'identité de la France", à "veiller au respect de l'Etat et à son impartialité", à "construire une République fondée sur des droits réels et une démocratie irréprochable", à "se battre pour une Europe qui protège" et à "faire de la défense des droits de l'Homme et de la lutte contre le réchauffement climatique" les priorités de son action diplomatique. "La tâche sera difficile et devra s'inscrire dans la durée", a-t-il reconnu.
Pour tenir ses engagements, celui qui devrait constituer d'ici la fin de la semaine un gouvernement ouvert au centre et à la gauche, s'est dit "prêt à travailler" avec "tous ceux qui veulent servir leur pays".
"Au service de la France il n'y a pas de camp", a-t-il lancé. Alors que la nomination probable du socialiste Bernard Kouchner au ministère des Affaires étrangères a été accueillie comme une provocation par les socialistes et a fait grincer des dents à l'UMP, il a assuré que ceux qui le rejoindront n'auront pas à "renier leurs convictions" ni à "trahir leurs amitiés".
Après avoir ranimé la flamme du soldat inconnu sous l'Arc de Triomphe, le nouveau président a déposé deux gerbes au pied des statues du général de Gaulle et de Georges Clemenceau, s'octroyant plusieurs bains de foule. Il devait faire dans l'après-midi le premier geste personnel de son mandat en rendant hommage aux 35 jeunes résistants fusillés le 16 août 1944 à la Grande cascade du Bois de Boulogne, avant de s'envoler pour Berlin pour son premier entretien de président avec la chancelière Angela Merkel.