M. Mulroney comparaîtra devant le comité jeudi, pendant quatre heures, pour offrir sa version des faits. L'ancien premier ministre sera accompagné, pour l'occasion, de son épouse Mila et de leurs quatre enfants, a confirmé son porte-parole.
L'annonce de la présence de tout le clan Mulroney n'a visiblement pas d'effet sur les partis d'opposition qui semblent accorder autant de crédibilité à l'ancien premier ministre qu'à M. Schreiber.
"Il y a celui qui donne 300 000 $ en espèces, et il y a celui qui reçoit 300 000 $ en espèces, a expliqué le député libéral Robert Thibault. Je ne connais aucune raison légitime pour ce type de transfert, alors je pose des questions sur la crédibilité de tous les individus qui participent à ces transferts."
Ce montant de 300 000 $, versé au comptant en trois occasions, sera sans contredit au centre des questions des députés, jeudi. M. Mulroney ne nie plus avoir reçu l'argent et admet qu'il s'agit d'une erreur colossale. Le premier versement de 100 000 $ est survenu alors que M. Mulroney n'était plus premier ministre mais siégeait encore comme simple député.
Mais le flou persiste à savoir pour quelles raisons l'homme d'affaires germano-canadien s'est montré si généreux envers M. Mulroney. L'ancien premier ministre a déclaré par le passé qu'il s'agissait de paiements en vue de son travail pour aider à développer une usine de pâtes, puis une usine de blindés, connue sous le nom de projet Bear Head.
Durant son témoignage, M. Schreiber a affirmé à de nombreuses reprises que l'argent était lié à du travail à venir pour le projet Bear Head.
Les deux hommes offrent aussi des versions différentes sur le début de toute l'affaire. M. Schreiber affirme dans une déclaration sous serment qu'il a rencontré M. Mulroney en juin 1993, alors que ce dernier était encore premier ministre, pour discuter de leur relation d'affaires à venir. M. Mulroney nie cette version.
Mardi, M. Schreiber a de plus déclaré qu'il avait rencontré M. Mulroney au 24 Sussex, en mars 1993, pour discuter du projet de blindés.
Pour Carole Lavallée, députée du Bloc québécois, M. Mulroney "corroborera ou infirmera certaines des informations". Mais une chose est sûre, il devra expliquer "le 300 000 $. Pourquoi il l'a reçu, ou pourquoi il pensait l'avoir reçu."
Mardi, Karlheinz Schreiber n'a pas offert beaucoup plus de détails que ce qu'il avait révélé au cours des derniers jours. Il a répété que le 300 000 $ n'avait rien à voir avec la vente des avions Airbus à Air Canada.
En mêlée de presse, après son témoignage, il a souligné qu'il voulait que M. Mulroney lui rembourse la somme "avec intérêts bien sûr", puisqu'il estime avoir été floué. A son avis, M. Mulroney n'a pas respecté sa parole et n'a rien fait pour que le projet Bear Head voit le jour.
Il a aussi "fortement recommandé" au comité d'inviter l'ancien ministre conservateur Benoît Bouchard qui, a-t-il soutenu, pourrait les éclairer sur ce qu'il est advenu du projet d'usine de blindés puisqu'il était ministre des Transports à l'époque.
Il n'a pas offert plus d'explications, et les députés ne lui ont pas posé de questions pour creuser cette affaire.
Malgré les nombreuses questions laissées sans réponse, le manque de précision de M. Schreiber et ses allégations sans trop de preuves, l'exercice est utile, croit le député du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair.
"On avance vers une définition de ce qui doit être les termes de références pour une commission d'enquête", a fait valoir M. Mulcair, qui dit que plus les détails font surface, moins on comprend pourquoi les libéraux ont versé 2,1 millions $ à M. Mulroney, en 1997, pour mettre un terme à sa poursuite.
M. Mulroney poursuivait le gouvernement fédéral pour diffamation après la divulgation dans les médias d'une lettre du ministère canadien de la Justice aux autorités suisses où on demandait leur participation dans une enquête criminelle en rapport avec des pots-de-vin qui auraient pu être versés lors de l'achat d'avions Airbus.