Le ministère de la Justice a rejeté ces allégations. Il a assuré que les interrogatoires "se déroulaient dans le respect de la loi" et que le document était "rempli d'erreurs, d'affirmations sans fondement et d'inexactitudes". Il s'est cependant refusé à réfuter de manière détaillée ces accusations, invoquant des "raisons de confidentialité".
Le document intitulé "Strictement interdit" a été publié dimanche par B'Tselem et le Centre de défense de l'individu. Sur 96 pages, les deux organisations accusent le Shin Bet de perpétrer des actes de torture pendant ses interrogatoires. La Cour suprême israélienne a interdit en 1999 ce que le Shin Bet appelle "la pression physique modérée": priver les détenus de sommeil, les exposer à des températures extrêmes ou les ligoter dans des positions pénibles.
Le rapport est basé sur les déclarations écrites de 73 Palestiniens détenus entre juillet 2005 et janvier 2006. Elles ont pour la plupart été recueillies par un avocat travaillant pour les deux associations qui s'est rendu dans leurs cellules. Cinq d'entre eux ont témoigné après être récemment rentrés chez eux.
L'un des plaignants, simplement identifié avec les initiales A.Z., a raconté que ses geôliers l'avaient contraint à arquer son dos au-dessus d'un banc avec les mains et les jambes liées dans ce que les prisonniers appellent habituellement "la position de la banane".
"Ils ont apporté une chaîne et l'ont utilisée pour attacher ensemble les menottes et les chaînes. La façon dont mon corps a été étiré ainsi était insupportable", a expliqué cet homme de 29 ans. "Puis, les interrogateurs ont soulevé le banc et l'ont relâché d'un coup. A ce moment-là, j'ai perdu connaissance".
Malgré l'interdiction, les prisonniers affirment avoir été physiquement maltraités et soumis à des humiliations et des menaces. le directeur de recherche de B'Tselem, Yehezkel Lein, auteur du rapport, souligne que le document n'a pas vocation à fournir un échantillon représentatif. Pour autant, "nous sommes convaincus qu'ils représentent une indication valable de la fréquence du phénomène". Aucune enquête criminelle n'a été ouverte sur les interrogatoires du Shin Bet, alors que 500 plaintes ont été déposées depuis 2001, a-t-il ajouté.
Le ministère de la Justice a souligné que les interrogatoires du Shin Bet participaient du "combat (d'Israël), jour après jour, contre les terroristes" et que nombre d'attentats avaient ainsi été prévenus et des vies civiles épargnées. Une position inacceptable dans le cadre de la législation internationale, réplique Yehezkel Lein.
B'Tselem affirme ne pas avoir l'intention de présenter ces témoignages devant la Cour suprême. Mais ses recommandations, remises au ministère, aux députés israéliens et aux organisations internationales, appellent les autorités à cesser immédiatement ces pratiques. Et le rapport de conclure: "comme le meurtre, le viol et l'esclavage, la torture est une forme de mal absolu qui justifie d'imposer une interdiction absolue".