Les Etats-Unis comptent quelque 25.000 hommes en Afghanistan, alors que d'autres pays de l'OTAN apportent une contribution de 25.000 soldats dans le cadre de la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS/ISAF), soit plus de trois fois le nombre de militaires présents dans le pays il y a quatre ans, quand les talibans semblaient battus.
La milice islamiste s'est renforcée depuis, et les combats ont été particulièrement violents cette année.
Barnett Rubin, un expert sur l'Afghanistan à l'Université de New York, estime que les dirigeants américains à Washington ont "complètement échoué" dans leur démarche visant à anéantir toute résistance des talibans. Ces derniers avaient pourtant été mis en déroute suite aux frappes aériennes qui avaient commencé le 7 octobre 2001, soit moins d'un mois après les attentats du 11 septembre à Washington et à New York.
"L'administration Bush n'a pas perçu l'Afghanistan comme un engagement à long terme, et ses dirigeants se sont trompés en pensant qu'ils avaient remporté une victoire irréversible. Ils ne considéraient pas que l'Afghanistan était important et ils ont toujours voulu se concentrer sur l'Irak", a-t-il confié.
"Maintenant, les Etats-Unis et la communauté internationale ont perdu du terrain, et les talibans gagnent stratégiquement, même si nous les battons dans chaque engagement tactique", a-t-il ajouté.
Les insurgés ont perpétré plus de cent attentats-suicide cette année, dont un samedi à Kaboul contre un convoi américain qui a fait cinq morts, dont un soldat américain et quatre civils afghans. Il s'agissait de la troisième attaque suicide en une semaine dans la capitale afghane, alors que l'Alliance atlantique a annoncé le 3 octobre le lancement d'une nouvelle opération, baptisée Pamir, contre les talibans, qui doit durer jusqu'au printemps.
Dimanche, les autorités ont encore annoncé que quatre policiers et quatre talibans avaient été tués dans un attentat et une fusillade, alors que des soldats de l'OTAN ont tué trois Afghans qui semblaient constituer une menace pour les militaires.
La mort de civils, lors d'opérations menées par l'OTAN et les troupes américaines, est devenue un sujet sensible en Afghanistan cette année. Le président Hamid Karzaï a demandé à plusieurs reprises aux forces internationales de cesser de faire des victimes civiles.
Plus de 5.100 personnes -essentiellement des militants-sont mortes dans des violences liées à l'insurrection depuis le début de l'année, selon un décompte de l'Associated Press basé sur des chiffres transmis par les autorités afghanes et occidentales. En 2006, le même décompte donnait le chiffre de 4.000 morts pour l'ensemble de l'année.
De grandes zones du sud du pays -dans les provinces d'Helmand, de Kandahar et d'Uruzgan-sont contrôlées par les talibans, et les combats se déplacent désormais vers le nord, dans les provinces de Ghazni, où 23 Sud-Coréens ont été enlevés en juillet, et de Wardak, située près de Kaboul.
Oussama ben Laden, dont la présence dans ce pays a été une des causes de l'intervention américaine, est toujours en liberté, peut-être caché dans les montagnes le long de la frontière entre l'Afghanistan et le Pakistan.
Pour tenter de mettre fin à l'insurrection, le président afghan Hamid Karzaï a tendu la main aux talibans pour qu'ils rejoignent le gouvernement, dans le cadre de pourparlers de paix. Et selon l'ONU, de plus en plus d'insurgés souhaitent la paix. Certains ont d'ailleurs déjà déposé les armes.
Mais les dirigeants talibans et Gulbuddin Hekmatyar, un seigneur de la guerre qui dirige la faction Hezb-i-Islami, ont rejeté les offres de M. Karzaï, affirmant que les troupes internationales doivent d'abord quitter le pays.