Plus de 42 millions de Turcs sont appelés aux urnes pour élire leurs 550 députés. L'AKP devrait l'emporter aisément mais obtenir moins d'élus que dans la chambre sortante et avoir ainsi moins de poids pour le premier grand test qui attend le nouveau Parlement: élire un président.
En Turquie, les députés désignent le chef de l'Etat, scrutin qui avait tourné à la crise politique en avril et mai dernier, le candidat du gouvernement, le ministre des Affaires étrangères Abdullah Gul, un musulman pratiquant, étant rejeté par l'opposition et les élites laïques.
Le principal enjeu des législatives, convoquées avec quatre mois d'avance pour répondre à la crise, "est l'élection présidentielle", souligne l'analyste Taha Ozhan. Désormais, le gouvernement promet de présenter un candidat consensuel pour le poste.
Dans la rue, la campagne s'est déroulée dans une ambiance bon enfant, avec force affiches électorales sur les murs et foules de sympathisants enthousiastes dans les meetings.
Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui a fait de l'adhésion à l'Union européenne une de ses priorités, affirme ne pas vouloir mêler religion et politique. Mais son gouvernement s'est heurté à de vives réactions lors de l'élection présidentielle.
L'opposition a boycotté le scrutin au Parlement, estimant que l'élection de M. Gul supprimerait le dernier obstacle à une mainmise des islamistes sur les affaires du pays. De grandes manifestations en faveur de la laïcité ont eu lieu dans les grandes villes et la plus haute juridiction du pays invalidé le vote présidentiel. Le Parlement a adopté une loi qui permet la tenue d'un référendum pour décider de l'élection du président au suffrage universel.
Selon une étude de la Fondation pour la recherche politique, économique et sociale, basée à Ankara, portant sur une demi-douzaine de sondages de différents instituts, l'AKP devrait recueillir entre 38% et 41% des voix dimanche. Il obtiendrait ainsi une majorité de 290 à 310 sièges sur un total de 550 grâce au mode de scrutin qui oblige les partis à franchir la barre des 10% pour entrer au Parlement.
Un tel résultat permettrait à M. Erdogan de former un gouvernement sans avoir à constituer une coalition avec des partenaires politiques. Il marquerait néanmoins un recul pour l'AKP qui dispose actuellement d'une confortable majorité avec deux tiers des sièges. M. Erdogan a déclaré qu'il se retirerait de la vie politique si son parti ne pouvait gouverner seul.
Selon les sondages, le Parti républicain du peuple (CHP, laïc) qui a conduit le boycott contre la candidature de M. Gul devrait conserver son rang de deuxième formation dans la représentation nationale.
Quant au Parti d'action nationaliste (MHP, nationaliste), il pourrait faire son retour au Parlement après cinq ans d'absence en profitant de ce que certains considèrent comme un manque de fermeté du gouvernement face aux rebelles kurdes. Dans ce cas, ses élus pourraient jouer un rôle-clé dans le vote présidentiel à venir.