Signe des graves turbulences actuelles, les marchés financiers turcs ont plongé de 8% lors des premières cotations lundi et la monnaie nationale, la lire, a perdu du terrain face aux devises étrangères. La réaction des marchés était attendue et les analystes tablent sur une reprise rapide si une issue est tôt trouvée à la situation, six ans après la grave crise financière qu'avait connue la Turquie en 2001.
M. Erdogan devait s'exprimer au lendemain de la manifestation géante (un million de personnes selon les médias, 700.000 selon les autorités) organisée à Istanbul pour dénoncer toute remise en cause de la laïcité de la Turquie et soutenir l'armée, garante de cette laïcité et engagée dans un bras de fer avec le gouvernement, qu'elle accuse de favoriser l'émergence d'un Etat islamique.
De nombreux manifestants réclamaient la démission du gouvernement Erdogan, issu du Parti de la justice et du développement (AKP), une formation islamique modérée, et la tenue d'élections anticipées. Le très puissant syndicat patronal TUSAID a également exhorté le gouvernement à convoquer des élections anticipées.
La mobilisation du camp laïque coïncide avec l'élection par le Parlement turc du nouveau président du pays. Les tenants de la laïcité accusent le candidat de l'APK, l'actuel ministre des Affaires étrangères Abdullah Gul, de vouloir utiliser la fonction présidentielle pour favoriser les positions islamistes de son parti, au mépris de la Constitution turque, qui garantit la séparation entre l'islam, religion ultra-majoritaire au sein de la population, et l'Etat.
Lors du premier tour du scrutin vendredi, M. Gul n'a obtenu que 357 voix de députés sur les 367 nécessaires pour être élu dès le premier tour. Un second tour est prévu le 2 mai prochain. Mais l'opposition, qui avait boycotté le premier tour, a saisi la Cour constitutionnelle pour faire annuler le vote. La décision de la cour est attendue au plus tard mercredi.
En vertu de la Constitution, si la majorité des deux tiers ne peut être atteinte au cours des deux premiers tours de scrutin, le vote au troisième tour de scrutin se fait à la majorité absolue. Abdullah Gul devrait alors s'imposer, dans la mesure il n'aura alors plus besoin que de 276 voix, et où l'AKP détient 353 sièges.
C'est à l'issue du premier tour que l'armée, une des institutions les plus respectées du pays, est entrée en scène pour rappeler son rôle historique de garante du régime laïque de la Turquie et adresser une mise en garde à peine voilée au gouvernement pro-islamique.
Une sortie qui lui a valu les réprobations lundi du secrétaire général du Conseil de l'Europe, plus haute instance de défense des droits de l'Homme de l'UE, alors même qu'Ankara est engagée dans un difficile processus de négociations avec Bruxelles en vue d'intégrer l'Union européenne.