Cette "Evaluation nationale du renseignement" (National Intelligence Estimates -NIE), à laquelle l'Associated Press a eu accès, doit encore obtenir l'approbation des 16 agences de renseignement du pays. Elle devrait en tout cas dresser un tableau inquiétant de la capacité d'Al-Qaïda à se servir de ses bases le long de la frontière entre le Pakistan et l'Afghanistan pour lancer et encourager des attaques contre les Etats-Unis dans les années à venir.
Selon les conclusions de ce qui n'est encore qu'une version préliminaire, les Etats-Unis seront confrontés à une "menace terroriste persistante et en évolution" ces trois prochaines années. Le danger vient principalement des groupes terroristes islamistes, notamment Al-Qaïda, et est "entretenu par une volonté intacte d'attaquer (les Etats-Unis) ainsi qu'un effort constant des groupes terroristes pour s'adapter et améliorer leurs capacités".
Autres conclusions des experts du gouvernement américain:
-Al-Qaïda cherche probablement toujours à se doter d'armes chimique, bactériologiques, voire nucléaires et n'hésitera pas à en faire usage si ses agents en sont capables.
-L'organisation d'Oussama ben Laden a réussi à reconstituer trois des quatre éléments clés dont elle aurait besoin pour lancer une attaque en territoire américain: un repaire sûr les régions tribales du Pakistan, des lieutenants opérationnels et de hauts dirigeants. Le rapport ne précise pas ce que pourrait être le quatrième élément nécessaire.
-Le groupe terroriste va accentuer ses efforts pour infiltrer des agents aux Etats-Unis. Le document évoque aussi des craintes liées au fait que des individus déjà présents sur le territoire américain adoptent une vision extrémiste de l'islam.
Toutefois, les experts estiment que les Etats-Unis sont devenus une cible plus difficile à atteindre pour Al-Qaïda grâce à la lutte menée dans le monde contre le terrorisme depuis les attentats du 11 Septembre 2001.
Selon des responsables du gouvernement ayant requis l'anonymat, le rapport offre un large panorama des menaces potentielles aux Etats-Unis et a nécessité la coopération d'agences nationales de sécurité comme la CIA, le FBI, le département de la Sécurité intérieure et le Centre national du contre-terrorisme (NCC).
Un autre rapport préparé par le NCC et révélé mercredi parvient à des conclusions similaires. Intitulé "Al-Qaïda en meilleure position pour frapper l'Occident", il affirme que le réseau d'Oussama ben Laden a retrouvé une capacité de nuire qu'on ne lui avait pas connue depuis les mois précédant les attentats du 11-Septembre.
Cette analyse a relancé le débat aux Etats-Unis sur la nature de la menace et sur le fait de savoir si les décisions prises par l'administration Bush, notamment l'invasion de l'Irak, avaient éloigné le danger du terrorisme.
En conférence de presse jeudi, le président George W. Bush a reconnu l'existence d'une menace persistante d'Al-Qaïda tout en utilisant le rapport du NCC pour légitimer la stratégie de son gouvernement. "Les mêmes personnes qui bombardent des innocents en Irak nous ont attaqués en Amérique le 11-Septembre", a-t-il affirmé. "C'est pourquoi ce qui se passe en Irak compte pour la sécurité (aux Etats-Unis)."
Une argumentation loin de faire l'unanimité. Au lieu d'achever Al-Qaïda en 2002 et 2003 le long de la frontière afghano-pakistanaise, "le président Bush a choisi d'envahir l'Irak, détournant nos ressources militaires et du renseignement de la véritable guerre contre le terrorisme", dénonce le président de la commission du renseignement au Sénat, le démocrate Jay Rockefeller.