"Je ne crois pas à la politique qui ne dit rien, qui ne pense rien, qui ne croit en rien et qui préfère se taire plutôt que d'assumer ses convictions", lançait le candidat de l'UMP le 13 mars dernier à Besançon. Il est aujourd'hui le premier président de droite élu sur un programme de droite.
Depuis cinq ans, M. Sarkozy, convaincu depuis le 21 avril 2002 et la qualification de Jean-Marie Le Pen pour le second tour que "le pays est à droite", s'est attaché à rénover le corpus idéologique de son camp. Son but? Ramener "la France exaspérée", à savoir les électeurs du Front national, dans le giron de la droite "républicaine".
Sa méthode? Redonner des couleurs à des valeurs de droite que Jacques Chirac, trop radical-socialiste pour lui, aura à ses yeux insuffisamment défendues: "le travail, l'autorité, le respect, la responsabilité, l'identité". Autant de valeurs qu'il aura imposées tout au long de la campagne.
Elaboré au fil de la vingtaine de conventions thématiques organisées par l'UMP depuis 2005, son projet se classe nettement à droite: exonération à 100 pour cent des heures supplémentaires, instauration d'un service minimum dans les transports publics, réduction de quatre points en dix ans des prélèvements obligatoires, institutions de peines-plancher pour les délinquants multirécidivistes, suppression de la carte scolaire...
Le candidat Sarkozy aura mené toute sa campagne à droite. Face à la menace Bayrou, il a encore droitisé son discours à partir du mois de mars, faisant de l'identité nationale son principal thème de discours.
Ses 31,18 pour cent du 22 avril dernier ont marqué le premier triomphe de cette stratégie: pour la première fois depuis son irruption sur la scène politique dans les années 80, le Front national a reculé, perdant un million de voix par rapport à 2002.
Cela n'a pas empêché M. Sarkozy de poursuivre sur sa lancée dans l'entre-deux tours. Malgré la nécessité d'attirer les 18,57 pour cent d'électeurs de François Bayrou, le candidat de l'UMP a donné un nouveau coup de barre à droite en s'engageant à liquider l'héritage de mai 1968.
La victoire de Nicolas Sarkozy est aussi celle d'un homme qui aura pris seul les décisions les plus importantes. Alors que la plupart de ses amis lui conseillaient de quitter le plus vite possible le ministère de l'Intérieur pour ne pas apparaître comme le sortant, il est resté le plus longtemps possible. Et a réussi le double exploit de faire oublier et son statut de sortant et son bilan mitigé au ministère de l'Intérieur.
M. Sarkozy aura aussi commencé pendant cette campagne à adoucir une image qui inquiète encore beaucoup de Français. "J'ai changé", affirme-t-il le 14 janvier porte de Versailles. "Ce 'j'ai changé' a pris aujourd'hui toute sa crédibilité", remarquait-il vendredi dans un entretien au quotidien "Le Parisien".
Le "tout sauf Sarkozy" brandi par une partie de la gauche dans l'entre-deux tours pour le diaboliser aura fait long feu. Nicolas Sarkozy l'a contrecarré en posant habilement en victime.
Dernier succès, et non des moindres, le président élu est aujourd'hui le leader incontesté de son camp. Durant ces cinq années de primaire à droite, Nicolas Sarkozy aura découragé tous ceux qui auraient pu envisager de se présenter contre lui, de Jacques Chirac à Dominique de Villepin.
"Si je l'emporte, c'est que j'aurai reçu des Français un mandat clair pour porter le changement dans notre pays", déclarait le candidat de l'UMP à l'avant-veille du second tour. Le plus difficile commence pour M. Sarkozy: sortir le pays de la crise dans laquelle il est plongé depuis une trentaine d'années.