Depuis mercredi, le bilan provisoire s'élève à 86 morts dans cette nouvelle flambée de violence qui menace l'amorce de relance des négociations de paix.
La direction palestinienne, qui a usé de mots comme "Holocauste" ou "génocide" pour qualifié les opérations israéliennes, a préconisé samedi de suspendre les pourparlers avec l'Etat juif, qui de son côté pourrait lancer une vaste incursion dans la Bande de Gaza, à quelques jours de la visite dans la région de Condoleezza Rice pour soutenir le processus de paix.
A la demande des autorités palestiniennes, le Conseil de sécurité des Nations unies s'est réuni en urgence pour évoquer la situation.
Au moins deux enfants, dont un bébé, ont été tués, ainsi que 25 activistes, selon le Hamas, dans les affrontements de samedi qui, avec au moins 54 morts sont les plus meurtriers depuis le début de la seconde Intifada en 2000. Le précédent bilan le plus élevé était de 38 morts, le 8 mars 2002.
Un responsable du ministère de la Santé à Gaza, le Dr Moaiya Hassanain, a en outre fait état de 200 blessés. Quatorze se trouvaient dans un état critique, dont un bébé.
Les dernières victimes ont été tuées dans un raid aérien à Rafah, dans le sud de la Bande de Gaza, qui a fait quatre morts dont deux policiers. Selon des sources palestiniennes, le missile israélien a touché une salle de prière.
De son côté, Tsahal a annoncé la mort de deux soldats dans les combats survenus dans le nord de la Bande de Gaza samedi.
Une cinquantaine de roquettes et mortiers tirés par les milices du Hamas dans l'étroit territoire côtier se sont abattus sur Israël samedi, malgré l'intervention des troupes israéliennes soutenues par des chars d'assaut et l'aviation.
Six Israéliens ont été blessés, légèrement pour tous sauf un, par les engins qui ont atteint Ashkelon, ville de 120.00 habitants située à 17km au nord de la Bande de Gaza.
Sur les 86 personnes au moins tuées depuis mercredi, dont un Israélien victime d'une roquette palestinienne mercredi, la moitié environ étaient des civils.
La journée de samedi s'est achevée par un raid aérien de l'armée israélienne visant les bureaux du Premier ministre palestinien issu du Hamas, Ismaïl Haniyeh.
Selon des témoins, les bâtiments du responsable palestinien situés en plein coeur de Gaza ont été entièrement détruits, touchés par trois missiles tirés depuis des hélicoptères. L'attaque s'est produite à 2h00 du matin (00h00 GMT) et a fait cinq victimes légères, touchées par des éclats de verre.
Le président palestinien Mahmoud Abbas a vivement condamné les attaques israéliennes, s'insurgeant du lourd bilan humain dans la Bande de Gaza, que son gouvernement n'administre plus depuis la prise de contrôle du Hamas en juin dernier.
"La réponse à ces roquettes ne peut être aussi dure et odieuse", a-t-il déclaré. "Elle est aujourd'hui décrite comme un holocauste", mot utilisé précédemment par le dirigeant du Hamas en exil Khaled Mechaal.
Le principal négociateur palestinien, Ahmed Qoreï, a déclaré que les dirigeants de l'Autorité palestinienne, dont M. Abbas, ont préconisé samedi la suspension des pourparlers de paix avec Israël.
"Je pense qu'il vont être suspendus", a-t-il déclaré, accusant Israël de décrédibiliser le processus de paix. "Ce qu'il se passe à Gaza est un massacre de civils, de femmes et d'enfants, une tuerie collective, un génocide".
A Washington, un représentant du Conseil de sécurité national a déploré la perte de civils de part et d'autre, mettant toutefois l'accent sur la part de responsabilité des Palestiniens dans l'escalade de la violence.
"Il existe une grande différence entre des tirs de roquettes terroristes qui touchent des civils et une opération de légitime défense", a estimé ce responsable, Gordon Johndroe.
Depuis Damas, Khaled Mechaal a accusé "Israël de perpétrer depuis 60 ans un véritable Holocauste contre le peuple palestinien". "Israël veut exagérer les chiffres de l'Holocauste pour en faire une tragédie telle que personne d'autre ne puisse avoir sa propre tragédie", a poursuivi Khaled Mechaal devant des journalistes. Quant à Mahmoud Abbas, a-t-il dit, il "fournit une couverture à l'Holocauste israélien".
Si le Hamas assimile souvent l'armée israélienne aux "Nazis", il a rarement employé le mot d'"Holocauste" ou "Shoah" désignant le génocide des juifs pendant la Deuxième Guerre mondiale et, plus largement en hébreu moderne, une formidable catastrophe. Il semble répondre ici au vice-ministre israélien de la Défense, Matan Vilnai, qui a dit vendredi que les Palestiniens "attiraient sur eux une plus grande 'Shoah'".
Khaled Mechaal a également mis en garde Israël contre toute invasion de la Bande de Gaza et a appelé les Arabes et musulmans du monde entier à "descendre dans les rues d'Orient et d'Occident (...) pour dire au monde que 'nous ne voulons pas rester silencieux face à cet holocauste'".