Recevant à Moscou la secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice et son collègue de la Défense Robert Gates pour une série d'entretiens, le chef du Kremlin a raillé le projet américain. "Bien sûr, on pourra dans le futur décider qu'un système de défense antimissiles devrait être installé quelque part sur la Lune", a-t-il lancé. "Mais, avant que nous ne parvenions à de tels arrangements, nous perdrons l'occasion d'arranger quelques accords entre nous."
Les Etats-Unis, dont le projet est violemment dénoncé par Moscou, veulent installer une station radar en République tchèque et plusieurs lanceurs de missiles en Pologne. Cette question a contribué au refroidissement récent des relations entre les deux pays. Vendredi, Mme Rice et M. Gates ont semblé surpris par le ton ferme employé par Vladimir Poutine.
"Nous allons tenter de trouver des moyens de coopérer", a déclaré la patronne de la diplomatie américaine en réponse au chef du Kremlin. "Même si nous avons nos différences, nous avons beaucoup en commun parce que ce qui nous unit dans notre approche de la menace du terrorisme et de la prolifération est plus important que les questions qui nous divisent."
Robert Gates a pour sa part affirmé que le Pentagone était prêt à renforcer le dialogue avec Moscou sur les relations militaires bilatérales. "Nous avons un programme ambitieux en matière de sécurité qui nous concerne tous les deux et qui comprend, comme vous l'avez relevé, le développement de systèmes de missiles par d'autres pays dans la région -je dirais en particulier l'Iran".
Condoleezza Rice et Robert Gates ont expliqué avoir présenté de nouvelles propositions à Moscou, mais ils ne sont pas parvenus à convaincre le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov. ""Nous avons constaté deux problèmes graves avec ces propositions", a-t-il déclaré à la presse après les discussions, affirmant qu'il n'y avait "aucun accord sur ce sujet".
Une position partagée par le ministre russe de la Défense Anatoly Serdioukov. "La principale chose avec laquelle nous sommes en désaccord aujourd'hui, c'est le déploiement d'éléments antimissiles qui ont un caractère antirusse et qui doivent être installés en Europe", a-t-il souligné.
Robert Gates a expliqué qu'il était notamment question de proposer que des militaires russes soient stationnés sur chaque site pour améliorer la coordination entre les deux pays. Pour l'instant, ces propositions sont à l'état de "concepts", selon Mme Rice. Les deux parties ont prévu de se revoir à Washington dans six mois.
Vladimir Poutine avait entamé cette série d'entretiens par une menace d'abandonner le Traité des forces nucléaires (TFN) avec les Etats-Unis de 1987 sur les missiles de portée intermédiaire si le texte n'était pas étendu à d'autres pays.
"Si nous ne réussissons pas à atteindre cet objectif (...) il sera difficile pour nous de rester dans le cadre du traité, dans une situation où d'autres pays développent de tels systèmes d'armement, et parmi eux des pays de notre proche voisinage", a-t-il expliqué.
Moscou a déjà menacé de se retirer du traité des Forces conventionnelles en Europe (FCE).