Accueilli dimanche par le président George W. Bush à la résidence présidentielle de Camp David, à 110km au nord de Washington, le Premier ministre britannique a tenu dans l'après-midi une conférence de presse commune avec le chef de la Maison Blanche.
Comme Washington, Londres considère qu'il y a des "tâches à s'acquitter et des responsabilités à conserver en Irak, en soutien au gouvernement démocratiquement élu et à la volonté explicite de la communauté internationale", a expliqué M. Brown. "Notre objectif, comme les Etats-Unis, est de remettre le contrôle aux autorités irakiennes, pas à pas", a-t-il ajouté.
Des responsables militaires à Londres ont récemment expliqué que les troupes britanniques en charge de la région de Bassorah (sud) pourraient passer le relais à l'armée irakienne d'ici la fin de l'année. L'opinion britannique majoritairement opposée à l'intervention en Irak réclamera probablement à cette occasion le retour de tous les soldats, y compris ceux qui sont déployés dans les autres régions d'Irak.
M. Brown a laissé entendre qu'une décision concernant les effectifs présents serait prise prochainement, tout en assurant qu'elle se fonderait sur "les conseils militaires de nos commandants sur le terrain", position maintes fois exprimée par George W. Bush.
Le président américain, quant à lui, n'a pas directement répondu à la question de savoir s'il aurait à transmettre le dossier irakien à son successeur, qui entrera en fonctions en janvier 2009. Il a cependant laissé entendre que c'était possible. "Cela va prendre longtemps, en Irak", a-t-il lâché.
Les deux dirigeants, dont tous les observateurs tentent d'évaluer la qualité des relations, ont insisté sur ce qui rapproche Londres et Washington. "Alors, tout le monde se demande si le Premier ministre et moi étions capables de trouver un terrain d'entente, d'avoir des discussions sérieuses. La réponse est: 'absolument", a commenté M. Bush.
Le chef de la Maison Blanche et le Premier ministre britannique, qui se connaissaient déjà, disposaient de deux jours pour discuter, en tête à tête où en présence de leurs principaux collaborateurs. Ils ont également affiché leur unité sur la question du terrorisme. "Nous ne faisons qu'un" dans ce combat, a noté M. Brown, avant de s'envoler pour la prochaine étape de son voyage. Arrivé à New York, il devait s'entretenir avec le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon et prononcer un discours devant les Nations unies.
George W. Bush a par ailleurs salué l'attitude du chef du gouvernement, confronté dès sa prise en fonctions aux attentats manqués de Londres et Glasgow, fin juin, et à des inondations sans précédent depuis 1947. Gordon Brown a "montré sa valeur en tant que dirigeant", a-t-il dit.
Si l'ambiance était détendue, des frictions se sont cependant déjà produites. La nomination dans le gouvernement Brown de responsables politiques qui avaient critiqué l'intervention en Irak et l'étroitesse des liens entre George W. Bush et Tony Blair ont fait grincer des dents à Washington, où certains redoutent un retrait anticipé des forces britanniques d'Irak. Londres dispose actuellement de 5.500 soldats en Irak, principalement déployés dans la région de Bassorah.
"La plupart des gens ici reconnaissent que les choses ne seront plus pareilles", constate Reginald Dale, du Centre des études internationales et stratégiques à Washington. "Ce sera amical mais pas aussi intense que la relation de Bush avec Blair, qui était assez unique."